Alors que la Finlande s’apprête à introduire un test de citoyenneté obligatoire, associations d’immigrants et spécialistes de l’intégration tirent la sonnette d’alarme. Coûts incertains, manque de supports pédagogiques et risques de discrimination indirecte alimentent un climat d’inquiétude, dans un contexte politique marqué par un durcissement progressif des conditions d’accès à la nationalité.
Un nouveau durcissement des conditions d’accès à la citoyenneté
Le projet de test de citoyenneté constitue le dernier volet de la stratégie gouvernementale finlandaise visant à renforcer les critères d’obtention du passeport. Après l’allongement de la durée de résidence exigée et le renforcement des critères d’autonomie financière, le gouvernement entend désormais évaluer plus strictement les connaissances civiques et linguistiques des candidats.
Le ministère de l’Intérieur a lancé une consultation publique en décembre, dont la date limite de contribution était fixée au 6 février. Si certains participants ont accueilli la mesure avec prudence, de nombreuses organisations ont exprimé de vives préoccupations quant à sa mise en œuvre et à ses conséquences sociales.
Le projet de loi devrait être présenté au Parlement début avril, pour une entrée en vigueur envisagée au début de l’année prochaine.
Un examen encore flou dans son contenu
À ce stade, les contours précis du futur test restent largement indéterminés. Le ministère de l’Intérieur a toutefois indiqué que l’examen comporterait des questions à choix multiples et des questions vrai/faux, et qu’il serait passé sur ordinateur, en finnois ou en suédois.
Les autorités affirment que les questions s’appuieront sur du « matériel pédagogique prédéfini et accessible au public ». Une formulation jugée trop vague par de nombreux acteurs de terrain.
« La Finlande impose un examen à fort enjeu sans s’engager à fournir un manuel officiel et standardisé », déplore Nancy Riikola Burton, porte-parole de l’Association des migrants finlandais, interrogée par Yle News.
Selon elle, la Finlande accuse un retard notable par rapport à d’autres pays européens, tels que la France, les Pays-Bas ou le Danemark, qui proposent des guides complets couvrant l’histoire, la société, les institutions et les droits civiques.
« Un jeu de hasard plutôt qu’un test d’intégration »
L’absence de supports pédagogiques officiels fait craindre une évaluation inéquitable des candidats. « En obligeant les demandeurs à se fier à des documents “largement disponibles”, le test devient un jeu de hasard plutôt qu’une mesure réelle des connaissances civiques », estime Riikola Burton.
Elle souligne également que les modifications répétées de la législation sur la citoyenneté ont créé un sentiment de désorientation parmi les immigrés déjà engagés dans le processus.
« Les règles changent en cours de route, dans un contexte de durcissement du discours politique. Beaucoup se demandent désormais s’ils sont réellement les bienvenus en Finlande », confie-t-elle.
Coût, accessibilité et risques de discrimination
Le coût du futur test constitue une autre source d’inquiétude. Selon le ministère de l’Intérieur, les frais pourraient avoisiner les 100 euros, en ligne avec les pratiques observées dans d’autres pays européens. Toutefois, aucune estimation définitive n’a encore été arrêtée.
Pour Panu Puhakka, coordinateur de plaidoyer au sein de l’ONG Familia Ry, l’introduction du test s’inscrit dans une « atmosphère hostile » créée par une série de mesures restrictives.
« La Finlande mesure le niveau d’intégration tout en réduisant les ressources qui permettent justement une intégration réussie », déplore-t-il, appelant les autorités à « faire une pause ».
La spécialiste de l’intégration durable Bahar Mozaffari, réfugiée finlandaise de l’année 2017, met en garde contre un risque de discrimination indirecte. Selon elle, le test pourrait davantage mesurer le niveau d’éducation formelle, les compétences numériques ou la capacité à réussir un examen standardisé, plutôt qu’une réelle compréhension civique.
Les personnes peu scolarisées, en situation de handicap, ayant des difficultés d’apprentissage ou âgées pourraient être particulièrement pénalisées, malgré une intégration réussie dans la vie quotidienne.
Un projet encore en construction
Dans un courriel adressé à Yle News, Hanna Pihkanen, spécialiste principale au ministère de l’Intérieur, a confirmé que le projet de loi était toujours en cours de rédaction. Elle a précisé que le texte serait ajusté en fonction des retours de la consultation publique.
Le développement et l’administration du test devraient être confiés au service finlandais de l’immigration, Migri, en coopération avec une université. Migri affirme être prêt à entamer une planification plus approfondie dès l’adoption de la loi et promet la publication de documents de préparation bien en amont de la première session d’examen.


