Les tensions montent entre Stockholm et Copenhague autour de la politique énergétique européenne. La ministre suédoise de l’Énergie et de l’Industrie, Ebba Busch, a averti que la Suède pourrait interrompre ses gazoducs vers le Danemark si certaines propositions de la Commission européenne étaient adoptées.
Au cœur du différend se trouve le paquet de mesures sur les réseaux électriques présenté par la Commission européenne en décembre. Celui-ci prévoit que l’Union européenne puisse utiliser 25 % des redevances dites de “goulots d’étranglement”, des revenus générés par les différences de prix de l’électricité entre les zones d’approvisionnement des États membres.
Une perte potentielle de milliards pour la Suède
Selon Stockholm, cette mesure pourrait coûter plusieurs milliards de dollars au pays. Le gouvernement suédois estime être injustement pénalisé alors qu’il affirme avoir respecté les règles européennes en matière d’énergie, contribué à l’approvisionnement du continent grâce à ses exportations et développé une production largement sans combustibles fossiles.
« Quel message cela envoie-t-il ? Il est totalement inacceptable que les pays qui ont pris des mesures soient maintenant punis », a déclaré Ebba Busch lors d’une réunion ministérielle à Bruxelles.
La ministre a également lancé un avertissement symbolique à ses homologues européens :
« En suédois, nous avons l’expression duktig flicka la gentille fille. Mais la gentille fille est sur le point de devenir méchante », a-t-elle affirmé.
Des mesures de rétorsion envisagées
Face à cette situation, la Suède affirme être prête à envisager toutes les options, y compris :
- suspendre la construction de nouveaux pipelines transfrontaliers,
- ne pas renouveler les permis pour certains gazoducs existants.
Ces mesures pourraient affecter particulièrement le Danemark, voisin direct de la Suède.
Ebba Busch a également souligné que le commissaire européen à l’Énergie, Dan Jørgensen, est danois, tout en affirmant que la Suède ne cherche pas à cibler ses voisins.
« Nous avons clairement indiqué que nous n’avons aucun intérêt à sanctionner nos pays voisins. Mais notre priorité est d’examiner d’abord le cas de la Suède », a-t-elle déclaré à des journalistes suédois.
Bruxelles appelle au compromis
De son côté, Dan Jørgensen se montre plus conciliant et appelle au dialogue.
« Je comprends que certains pays rencontrent des difficultés spécifiques et je suis tout à fait disposé à en discuter. En fin de compte, nous devons parvenir à un accord et trouver des compromis », a-t-il déclaré.
Le commissaire a comparé la situation aux anciens “rois guerriers” qui plantaient des forêts destinées à fournir du bois pour les navires de guerre un siècle plus tard.
« Nous devons parfois prendre des décisions difficiles aujourd’hui pour éviter de faire face aux mêmes défis dans dix ans », a-t-il ajouté.
Un débat clé pour l’avenir énergétique européen
Ce différend illustre les tensions persistantes autour de la gestion du marché européen de l’électricité et du partage des revenus liés aux infrastructures énergétiques. Les discussions entre les États membres devraient se poursuivre afin de trouver un compromis acceptable pour l’ensemble de l’Union.


