La Première ministre danoise a convoqué en urgence la Commission des affaires étrangères, alors que les sollicitations de Washington autour du Groenland prennent une tournure de plus en plus insistante. Entre souveraineté nationale, équilibres internes et réalités géopolitiques, Copenhague se retrouve face à un dilemme stratégique majeur.
Une convocation sous haute tension à Christiansborg
Le signal est sans équivoque. Lorsque le ministre des Affaires étrangères Lars Løkke Rasmussen et le ministre de la Défense Troels Lund Poulsen sont appelés simultanément à s’expliquer devant la Commission des affaires étrangères, l’heure n’est plus aux échanges feutrés.
L’objectif de cette réunion d’urgence : évaluer l’évolution des relations avec les États-Unis et définir une ligne claire face aux pressions croissantes de Washington sur le dossier groenlandais.
En toile de fond, une relation bilatérale historiquement solide, aujourd’hui mise à l’épreuve par des intérêts stratégiques divergents.
Le Groenland, au cœur des convoitises stratégiques
Longtemps reléguée au rang de provocation diplomatique, l’idée d’un contrôle renforcé voire d’une acquisition du Groenland par les États-Unis s’est progressivement imposée comme un sujet de friction durable.
Pour Washington, l’île arctique représente bien plus qu’un territoire isolé :
- Un verrou géostratégique dans un Arctique de plus en plus militarisé, face à la Russie et aux ambitions chinoises.
- Un réservoir de ressources critiques, notamment en terres rares et minerais stratégiques, essentiels à la transition énergétique.
- Un pivot militaire majeur, avec la base de Pituffik (ex-Thulé), clé de la surveillance aérospatiale et antimissile américaine.
« Le Groenland n’est pas à vendre. Le Groenland n’est pas danois, il est groenlandais. »
Cette position ferme, déjà martelée par Copenhague par le passé, suffit-elle encore à contenir l’insistance américaine ?
Le dilemme danois : alliance, autonomie et cohésion du Royaume
Pris entre la loyauté envers l’OTAN et la nécessité de respecter l’autonomie groenlandaise, le Danemark avance sur une ligne de crête. Toute concession excessive à Washington pourrait accélérer les aspirations indépendantistes à Nuuk, où l’intérêt américain est perçu comme un levier politique et économique.
À l’inverse, un refus trop catégorique risquerait de tendre durablement les relations avec l’allié américain, pilier central de la sécurité danoise.
Vers un tournant historique ?
Cette réunion extraordinaire pourrait marquer un point de bascule. Le Danemark ne peut plus se contenter d’une posture attentiste. Trois options se dessinent désormais :
- Affirmer une fermeté diplomatique pour préserver la souveraineté et l’équilibre institutionnel.
- Renégocier les cadres de coopération militaire, en intégrant davantage les intérêts groenlandais.
- Assumer le risque d’un refroidissement transatlantique, aux conséquences stratégiques incertaines.
Analyse | Quand la géographie reprend le pouvoir
Ce huis clos à Christiansborg dépasse largement le cadre d’une réunion parlementaire. Il illustre un basculement plus large : celui d’un monde où l’Arctique devient un théâtre central des rivalités de puissance.
Petite nation par sa population, mais puissance arctique par ses territoires, le Danemark joue aujourd’hui une partie décisive sur l’échiquier mondial avec le Groenland comme pièce maîtresse.


