Sans réelle surprise, le président sortant Faustin-Archange Touadéra a été proclamé vainqueur de l’élection présidentielle en République centrafricaine (RCA). Cette réélection ouvre la voie à un troisième mandat, rendu possible par une révision constitutionnelle controversée. Elle confirme surtout une trajectoire désormais assumée : celle d’un État devenu le principal laboratoire de l’influence russe en Afrique centrale.
Le verrouillage institutionnel
L’accès de Touadéra à ce nouveau mandat ne doit rien au hasard. En 2023, un référendum constitutionnel a supprimé la limite de deux mandats présidentiels, faisant sauter le dernier garde-fou institutionnel.
- Conséquence directe : une présidence appelée à s’inscrire dans la durée.
- Climat politique : une opposition marginalisée, dénonçant un processus électoral biaisé dans un pays toujours fragilisé par l’instabilité sécuritaire et économique.
L’axe Bangui–Moscou : un pacte stratégique
La réélection de Touadéra constitue avant tout une victoire géopolitique pour le Kremlin. En moins d’une décennie, la RCA est passée d’une influence française historique à une dépendance sécuritaire russe quasi totale.
Le contrat implicite est désormais bien établi :
- Sécurité contre ressources
En échange de la protection du régime, Bangui a accordé aux intérêts russes un accès privilégié à ses ressources naturelles. Or et diamants centrafricains alimentent aujourd’hui des circuits économiques étroitement liés à l’appareil d’influence russe. - Le rôle central du “Corps africain”
Héritier du groupe Wagner, le Corps africain incarne la nouvelle architecture paramilitaire russe sur le continent. Ses membres assurent la sécurité rapprochée du président et conduisent des opérations militaires contre les groupes rebelles.
« Touadéra n’est plus seulement un président. Il est devenu le pivot d’un nouveau modèle de gouvernance sécuritaire, où la stabilité ne repose plus sur l’ONU ou les anciennes puissances coloniales, mais sur des contractants russes », analysent plusieurs géopoliticiens africains.
Un pays sous perfusion paramilitaire
Si l’appui russe a permis une sécurisation relative des centres urbains et des sites miniers stratégiques, le coût humain demeure élevé. Le Corps africain est régulièrement mis en cause par des ONG et des institutions internationales pour de graves violations des droits humains.
Pourtant, dans une population épuisée par des décennies de conflit, cette « paix sous contrôle russe » est parfois perçue comme un mal nécessaire, même au prix d’une perte progressive de souveraineté économique et politique.
Quel avenir pour la République centrafricaine ?
Avec ce nouveau mandat, Faustin-Archange Touadéra dispose d’une marge de manœuvre considérable pour approfondir son projet politique. Mais l’isolement croissant vis-à-vis des partenaires occidentaux et la dépendance structurelle envers Moscou exposent la RCA à une vulnérabilité majeure : que deviendrait l’État centrafricain si la Russie réorientait ses priorités stratégiques ?
La République centrafricaine est devenue le miroir de la stratégie russe en Afrique :
sécurisation par des structures paramilitaires, accès privilégié aux ressources stratégiques et soutien politique inconditionnel à des dirigeants en quête de longévité. Un modèle efficace à court terme, mais potentiellement explosif à long terme.


