Le sommet de Brazzaville du 22 janvier 2026 marque une rupture stratégique : la fin de la tolérance accordée aux entreprises extractives. Pour préserver la parité du franc CFA, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) active un dispositif coercitif inédit visant à imposer le rapatriement effectif des devises.
1. Un mécanisme de sanctions désormais pleinement opérationnel
Pour l’exercice 2026, la BEAC a clarifié et formalisé la procédure de constatation des infractions au règlement des changes. Tout manquement au rapatriement des recettes issues des secteurs pétrolier et minier entraîne une séquence automatique de sanctions :
- Lettre de constat : l’agent économique mis en cause dispose d’un délai strict de 8 jours pour justifier l’absence de rapatriement.
- Pénalités financières : les amendes peuvent atteindre jusqu’à 150 % des montants non rapatriés, notamment en cas de récidive ou de mauvaise foi avérée.
- Responsabilité des banques : les établissements de crédit complices ou défaillants 14 banques déjà sous surveillance au Cameroun fin 2025 — s’exposent au retrait de leur agrément de Banque Déléguée pour les opérations de change.
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Le président congolais, Denis Sassou Nguesso (à droite), accueille ses homologues gabonais, centrafricain et équato-guinéen lors du sommet extraordinaire de la Cemac, à Brazzaville, le 22 janvier 2026. © Présidence de la République Gabonaise
Ce durcissement vise explicitement à rompre avec les pratiques de contournement longtemps tolérées dans la zone.
2. Le dossier sensible des fonds de restauration des sites (RES)
Le principal point de tension de ce début d’année 2026 concerne le rapatriement des fonds de restauration des sites pétroliers (RES), estimés à 6 000 milliards de FCFA pour l’ensemble de la sous-région.
- Pression budgétaire au Gabon : sous contrainte de son nouveau programme avec le Fonds monétaire international (Fonds monétaire international), le Gabon (Gabon) a exigé, le 21 janvier 2026, le rapatriement immédiat de 270 millions de dollars US.
- Solution du compte séquestre : afin de limiter le risque de désengagement des investisseurs, la BEAC propose un mécanisme de compromis. Les fonds sont rapatriés dans la zone CEMAC (CEMAC) mais conservés en devises étrangères, sur des comptes séquestres logés à la Banque centrale. Cette architecture permet de préserver la valeur en dollars tout en consolidant les réserves de change régionales.
3. Un enjeu central pour la stabilité monétaire
Selon les projections de la BEAC, ce renforcement du dispositif réglementaire devrait permettre un relèvement des réserves de change à 6 566 milliards de FCFA d’ici fin 2026.
Ce niveau est jugé critique pour maintenir une couverture des importations supérieure à 4 mois, seuil considéré comme indispensable pour écarter durablement le risque de dévaluation du franc CFA et restaurer la crédibilité externe de la zone.
À Brazzaville, le message est désormais explicite : la discipline de change n’est plus négociable.


