Dans sa lutte contre l’exploitation au travail et la criminalité liée à l’emploi, la Norvège franchit un nouveau cap technologique. Ce mardi 20 janvier 2026, les autorités ont lancé un chatbot d’intelligence artificielle multilingue, spécifiquement conçu pour accompagner les travailleurs étrangers, souvent les plus exposés aux abus en raison de la barrière linguistique.
Développé sous l’égide de l’Inspection du travail norvégienne, Arbeidstilsynet, cet outil ambitionne de devenir un véritable guichet juridique numérique, accessible à tous.
Un code du travail expliqué, enfin accessible
En Norvège, la législation sociale est protectrice, mais complexe. Le chatbot permet désormais aux travailleurs immigrés d’interroger le Code du travail norvégien (Arbeidsmiljøloven) dans leur langue maternelle, sur des sujets souvent sources de litiges :
- Rémunération : vérifier si le salaire horaire respecte les seuils obligatoires dans les secteurs réglementés comme la construction, le nettoyage ou l’hôtellerie.
- Temps de travail : calculer les heures supplémentaires, contrôler les temps de repos et les plafonds légaux.
- Contrats : comprendre et analyser les clauses d’un contrat de travail, afin de détecter d’éventuelles irrégularités.
- Santé et sécurité : signaler anonymement des conditions de travail dangereuses ou illégales.
L’objectif est clair : réduire l’asymétrie d’information qui permet encore trop souvent les abus.
Une intelligence artificielle vraiment multilingue
L’innovation majeure de cet outil réside dans son accessibilité linguistique. Le chatbot est capable de comprendre et de répondre dans plus de 15 langues, dont le polonais, le lituanien, l’ukrainien, le roumain ou l’arabe, parmi les plus parlées par la main-d’œuvre étrangère en Norvège.
Au-delà de la simple traduction, l’IA intègre une dimension pédagogique et culturelle. Elle explique des notions typiquement norvégiennes comme les feriepenger (indemnités de congés payés) ou le fonctionnement des conventions collectives souvent méconnues des nouveaux arrivants.
Un levier stratégique contre l’exploitation
Ce chatbot s’inscrit dans une stratégie nationale plus large de lutte contre l’« arbeidslivskriminalitet », la criminalité liée au marché du travail.
- Prévention précoce : en facilitant l’accès à l’information, les autorités espèrent que les travailleurs identifieront plus rapidement les situations abusives.
- Analyse sans données personnelles : sans collecter d’informations nominatives, l’outil permet de repérer les secteurs ou zones géographiques où les questions liées aux violations des droits sont les plus fréquentes.
- Ciblage des contrôles : ces tendances aident l’Inspection du travail à orienter plus efficacement ses inspections sur le terrain.
Pourquoi cet outil est crucial en 2026
Le marché du travail norvégien est sous tension. Le pays dépend fortement de la main-d’œuvre étrangère pour ses grands chantiers d’infrastructure, son secteur de la santé et certains services essentiels.
Parallèlement, le gouvernement a récemment renforcé les pouvoirs de l’Inspection du travail, allant jusqu’à lui accorder le droit d’entrer de force dans des locaux en cas de soupçons graves d’abus. Le chatbot apparaît ainsi comme le maillon numérique d’un arsenal plus large.


