Ce vendredi 6 février 2026, les projecteurs du stade San Siro s’allument sur bien plus qu’une cérémonie. En ouvrant les XXVe Jeux Olympiques d’hiver, l’Italie inaugure un nouveau chapitre de l’histoire olympique : celui de la sobriété, de la décentralisation et d’une montagne repensée face au climat.
Par notre envoyé spécial à Milan
Il est 20 heures précises lorsque le brouillard milanais se dissipe comme un rideau de théâtre. Sous la voûte mythique du San Siro, les anneaux olympiques s’illuminent, suspendus au-dessus d’un stade en fusion. Vingt ans après Turin 2006, l’Italie redevient l’épicentre du sport mondial. Mais ces Jeux-là ne ressemblent à aucun autre.
Ici, pas de gigantisme ostentatoire ni de sites surgis de terre pour l’occasion. Milan-Cortina 2026 revendique un héritage différent : celui d’un Olympisme ancré dans les territoires, attentif à ses ressources et conscient de ses limites.
Une géographie éclatée pour un futur durable
C’est l’un des paris les plus audacieux de l’ère moderne. Ces Jeux s’étendent sur plus de 22 000 km², reliant la verticalité urbaine de Milan aux sommets ciselés de Cortina d’Ampezzo, en passant par la Valteline et le Trentin.
Le comité d’organisation l’assume : 90 % des infrastructures sont existantes ou temporaires. Une philosophie résumée par cette formule devenue mantra :
« Nous ne construisons pas des cathédrales dans le désert, nous redonnons vie à nos montagnes. »
Milan-Cortina 2026 se pose ainsi en laboratoire d’un modèle olympique plus léger, où l’héritage ne se mesure plus en béton, mais en usage et en cohérence territoriale.
Ski-alpinisme, parité et nouveaux récits sportifs
Sur la neige, ces Jeux sont aussi ceux du renouvellement. L’entrée du ski-alpinisme au programme olympique consacre une discipline brute, intime, profondément liée à la montagne et à l’effort humain. Un symbole fort à l’heure où les sports d’hiver interrogent leur avenir.
Autre chiffre clé : 47 % de femmes parmi les 2 900 athlètes engagés. Une quasi-parité saluée par le Comité International Olympique, qui atteint ici un objectif longtemps jugé hors de portée.
Les stars sont au rendez-vous Mikaela Shiffrin, Marco Odermatt, les collectifs français et norvégiens en biathlon prêtes à s’affronter sur des pistes chargées d’histoire comme l’Olympia delle Tomane, théâtre de gloires passées et de drames mémorables.
Les Jeux face au réchauffement : l’épreuve invisible
Derrière l’esthétique immaculée, une question traverse chaque épreuve : combien de temps encore ?
En 2026, les sports d’hiver se trouvent à un point de bascule. Neige artificielle raisonnée, gestion fine de l’eau, stockage et transport optimisés : les organisateurs ont déployé un arsenal technologique inédit pour garantir des conditions de compétition acceptables sans explosion de l’empreinte écologique.
Ces Jeux sont ceux de “l’après”. Observés, analysés, disséqués par les scientifiques et les ONG, ils pourraient dessiner les contours ou les limites du futur olympique hivernal.
Une ferveur populaire intacte malgré les vents contraires
Inflation européenne, tensions économiques, coûts de déplacement élevés : le contexte n’avait rien d’évident. Pourtant, l’engouement est là. Les billets pour le hockey sur glace à Milan ou le ski alpin à Cortina se sont arrachés en quelques heures.
Portée par sa Dolce Vita, sa culture de l’accueil et une ferveur populaire intacte, l’Italie promet des Jeux chaleureux, loin des bulles aseptisées et des restrictions sanitaires qui avaient marqué la précédente décennie.
Le feu olympique, allumé ce soir à Milan, brûlera jusqu’au 22 février. Seize jours durant, le temps suspendra son cours dans les Alpes italiennes. Une parenthèse fragile, peut-être, mais essentielle où l’Olympisme tente de se réinventer sans renier son âme.


