Au milieu des chants, des percussions et des vagues de drapeaux qui embrasent les stades marocains, un homme impose le silence par l’immobilité. Michel Kuka Mboladinga, surnommé Lumumba, ne danse pas, ne saute pas, ne crie pas. Il se dresse. Bras levé, regard fixe, costume impeccable. À la CAN 2025, il est devenu bien plus qu’un supporter : une mémoire debout.
Le rituel de l’immobilité
Quand les Léopards de la RDC entrent en bataille sur la pelouse, Michel Kuka entame un autre combat, intérieur, physique, presque spirituel. Pendant 90 minutes, parfois au-delà, il reste figé, le bras droit levé vers l’horizon, comme suspendu hors du temps. Ni but, ni faute, ni clameur ne viennent rompre sa posture.
Ce geste n’a rien d’anecdotique. Il est la réplique assumée de la célèbre statue de Patrice Lumumba, figure tutélaire de l’indépendance congolaise. En adoptant cette posture, Michel Kuka ne joue pas un rôle : il incarne une histoire, celle d’un combat pour la dignité, la souveraineté et la mémoire africaine.
Un artiste de la mémoire dans les tribunes
Artiste et membre de l’association des animateurs de la RDC, Michel Kuka prépare ses apparitions comme on prépare une performance. À Kinshasa, il s’entraîne à tenir la pose, à dompter la fatigue, à discipliner le corps. Dans les gradins, il devient « Lumumba Vea », un monument vivant au milieu du tumulte.
Pour lui, supporter ne signifie pas seulement encourager. C’est transmettre.
Transmettre l’histoire dans un espace inattendu, celui du sport-spectacle.
Transmettre un message politique sans slogan.
Transmettre, par le silence et l’immobilité, ce que les cris ne suffisent plus à dire.
Sa prestation lors du match face au Botswana, remporté 3-0 par la RDC, a marqué les esprits. Les caméras s’attardent sur lui. Les réseaux sociaux s’enflamment. Dans un stade en mouvement perpétuel, cet homme immobile capte toute l’attention.
Une icône populaire au cœur de la CAN
À mesure que le tournoi avance, Michel Kuka devient une figure transnationale. Supporters marocains, algériens, ivoiriens ou sénégalais viennent à sa rencontre, demandent des photos, saluent le symbole. Lui reste fidèle à son personnage : silencieux, droit, presque solennel.
Alors que la RDC s’apprête à affronter l’Algérie en huitièmes de finale à Rabat, une certitude s’impose :
sur le terrain, onze joueurs porteront le maillot.
Mais dans les tribunes, un homme restera debout, bras levé, pour rappeler à tous que le football africain n’est pas seulement une affaire de scores, mais aussi de mémoire, d’identité et de dignité.
À la CAN 2025, Michel Kuka Mboladinga n’est pas un simple spectateur.
Il est le 12ᵉ joueur, et parfois même, la conscience du stade.




