Le football japonais s’attaque à un tabou : les matchs nuls.
Dans le championnat de première division, la J-League, les rencontres ne pourront désormais plus se terminer sur une égalité. En cas de score nul après 90 minutes, les équipes devront se départager lors d’une séance de tirs au but.
Une mesure spectaculaire, annoncée à quelques mois de la phase finale de la Coupe du monde organisée cet été au Canada, au Mexique et aux États-Unis, et qui intrigue autant qu’elle divise.
Une faiblesse historique aux tirs au but
Derrière cette décision se cache une analyse lucide des performances du Japon lors des grandes compétitions internationales. Ces dernières années, la sélection nippone s’est régulièrement retrouvée en difficulté lors des séances de tirs au but décisives.
Quelques exemples marquants :
- Coupe du monde 2022 : défaite en huitièmes de finale contre la Croatie (1-3 aux tirs au but)
- Coupe d’Asie 2015 : élimination en quart de finale face aux Émirats arabes unis (4-5)
- Coupe d’Asie 2011 : victoire en demi-finale contre la Corée du Sud (3-0)
- Coupe du monde 2010 : élimination en huitièmes de finale contre le Paraguay (3-5)
Pour les dirigeants japonais, le constat est clair : on ne progresse pas sans s’entraîner régulièrement.
« On ne peut pas gagner sans s’entraîner. Lors de la dernière Coupe du monde, les choses ont mal tourné dès le début. Il fallait pousser les joueurs à être plus créatifs », explique Saburo Kawabuchi, figure historique du football japonais.
Une réforme aussi… pratique
Mais cette révolution sportive cache aussi une raison beaucoup plus pragmatique. La J-League a récemment décidé de changer son calendrier, abandonnant un format annuel pour un modèle plus classique, avec un début de saison en été.
Résultat : une période creuse au printemps, entre la fin de la saison précédente en décembre et le lancement de la suivante en août. Pour occuper cet intervalle, la ligue a mis en place un tournoi transitoire… et en a profité pour tester un nouveau système de points.
Comment fonctionne le nouveau système ?
- Victoire dans le temps réglementaire : 3 points
- Défaite : 0 point
- Match nul après 90 minutes : 1 point pour chaque équipe
- Victoire aux tirs au but : 1 point bonus, soit 2 points au total
L’objectif est assumé : plus de suspense, plus d’intensité et plus de spectacle, même lors des rencontres a priori sans enjeu.
Une idée qui fait son chemin ailleurs
Le Japon n’est pas seul à remettre en question le match nul. L’ancien défenseur de Manchester United Gary Nivelle plaidait déjà pour une mesure similaire :
« Rendez le match passionnant pour le supporter. Même si un match se termine sur 0-0 ou 1-1, au moins il y aura un vainqueur. »
L’ancien joueur du FC Barcelone Gerard Piqué va encore plus loin. Pour lui, le véritable problème reste le 0-0 :
« Il faut que ça change. Si un match se termine sur 0-0, aucune des deux équipes ne devrait obtenir de point. »
Une expérimentation qui pourrait durer
Le football reste un sport profondément attaché à ses traditions, mais la pression du spectacle et des nouvelles générations de supporters pousse au changement. Un match de 90 minutes sans but est de plus en plus difficile à vendre à un public jeune et habitué à l’instantanéité.
Pour l’instant, la J-League prévoit d’utiliser ce système jusqu’à la mi-saison seulement. Mais sur le terrain, les premiers retours sont positifs.
« C’est bien de jouer sans matchs nuls, et les fans trouvent ça passionnant. Je pense que ce sera une année positive et intéressante », assure Kim Joo-sung, joueur de Sanfrecce Hiroshima.
Reste à savoir si cette expérimentation japonaise restera une curiosité locale… ou si elle marquera le début d’une révolution mondiale du football.


