Helsinki, Finlande – 9 février 2026. Dans les écoles finlandaises, un débat éducatif de fond est en train d’émerger : la place de l’anglais au sein du système éducatif suscite une vive inquiétude chez de nombreux professeurs de langues. Alors que l’anglais est depuis longtemps un pilier incontournable des apprentissages, sa montée en puissance soulève aujourd’hui des questions sur l’équilibre des langues enseignées et les compétences linguistiques globales des élèves.
Une focalisation croissante sur l’anglais
Selon un communiqué de la Fédération des professeurs de langues étrangères en Finlande (Sukol), les données récentes suggèrent une « tendance inquiétante » : la quasi-domination de l’anglais dans les choix de langues étrangères des élèves. D’après les statistiques du Conseil finlandais des examens, le nombre d’élèves passant l’examen avancé d’anglais est passé d’environ 38 000 à plus de 44 000 en un an, tandis que les autres langues semblent perdre du terrain.
Pour Sukol, cette évolution n’est pas un simple détail pédagogique : elle pourrait avoir des conséquences sur la diversité linguistique et la compétitivité future de la Finlande. L’organisation met en garde contre une réduction du multilinguisme, indispensable dans un monde globalisé.
Baisse d’intérêt pour d’autres langues
Historiquement, l’enseignement des langues en Finlande comprend l’apprentissage des deux langues nationales (finnois et suédois) ainsi que d’au moins une langue étrangère supplémentaire. Cependant, les recherches indiquent que l’anglais devient largement hégémonique, éclipsant d’autres langues étrangères telles que l’allemand, le français ou le russe.
Des travaux académiques récents confirment que cette domination n’est pas uniquement statistique : elle modifie l’intérêt des élèves et leurs pratiques linguistiques, au point que certains enseignants demandent des politiques éducatives plus fortes en faveur du plurilinguisme.
Débat sociétal plus large
Ce qui se joue dans les écoles reflète un débat plus large au sein de la société finlandaise sur l’anglais comme langue mondiale. Plusieurs études montrent que l’anglais est omniprésent dans la vie quotidienne, les médias et les échanges internationaux, et qu’il est perçu par beaucoup comme une compétence essentielle pour l’avenir professionnel. Mais cette domination est également perçue par certains comme une menace potentielle pour l’identité linguistique nationale et pour l’équilibre des compétences dans plusieurs langues.
Un équilibre difficile à atteindre
Les défenseurs du plurilinguisme soulignent l’importance de préserver et renforcer l’enseignement des langues nationales tout en continuant à offrir un solide apprentissage de l’anglais. Ils considèrent le multilinguisme non seulement comme un atout culturel, mais aussi comme un facteur clé de compétitivité et de cohésion sociale.
Le débat actuel sur la place de l’anglais dans les écoles finlandaises dépasse une simple question d’enseignement des langues : il touche à la vision que la Finlande veut promouvoir pour sa société et ses citoyens. Alors que l’anglais demeure une compétence utile et souvent indispensable, la crainte grandit parmi les enseignants que son hégémonie ne fragilise la richesse linguistique du pays.
Ce débat est appelé à s’intensifier au fil des réformes éducatives à venir, et il pose une question fondamentale : comment concilier ouverture au monde et préservation d’un héritage linguistique pluriel ?


