VENISE — À quelques semaines de l’ouverture de la 61e Biennale internationale d’art de Venise, prévue le 9 mai prochain, une vive controverse politique secoue l’institution culturelle italienne. En cause : la décision de réautoriser la participation officielle de la Fédération de Russie, absente des jardins de la Serenissima depuis le début de l’invasion de l’Ukraine en 2022.
Face à ce possible retour, 22 ministres européens de la Culture et des Affaires étrangères ont décidé d’intervenir publiquement.
Une lettre commune aux allures d’avertissement
Dans une lettre adressée au président de la Biennale, Pietrangelo Buttafuoco, les représentants de 22 pays membres de l’Union européenne dont la Lettonie, le Danemark, la Suède, la France et l’Allemagne dénoncent une décision qu’ils jugent « incompatible » avec les sanctions internationales et les valeurs défendues par l’Union européenne.
Les signataires rappellent que la culture ne peut être considérée comme un espace totalement séparé des réalités géopolitiques. Selon eux, permettre à la Russie d’exposer officiellement dans l’un des événements artistiques les plus prestigieux du monde pourrait être perçu comme une forme de légitimation ou de propagande.
Le Danemark évoque un possible retrait
Le ministre danois de la Culture, Jakob Engel-Schmidt, a particulièrement durci le ton. Il a évoqué la possibilité d’un retrait du Danemark de la Biennale, si plusieurs pays européens partageant la même position décidaient d’agir ensemble.
« Nous ne pouvons pas ignorer la réalité des bombes qui tombent sur le patrimoine ukrainien pendant que la Russie expose ses artistes sous les dorures de Venise », a-t-il déclaré.
Cette position pourrait ouvrir la voie à un boycott coordonné de plusieurs pays européens.
La Biennale défend la liberté artistique
De son côté, la Fondation de la Biennale de Venise maintient sa position. Dans un communiqué officiel, l’institution rappelle son attachement à la liberté artistique et rejette « toute forme d’exclusion ou de censure ».
Pour les organisateurs, l’art doit rester un espace de dialogue et de confrontation d’idées, même dans les périodes de conflit international.
Une pression financière de l’Union européenne
La controverse pourrait toutefois prendre une dimension financière. Selon plusieurs sources européennes, la Commission européenne aurait déjà adressé un avertissement formel à la Fondation, évoquant la possibilité de suspendre ou réduire certaines subventions européennes si la participation officielle de la Russie était confirmée.
À l’approche de l’ouverture de la Biennale, l’institution se retrouve ainsi au cœur d’un dilemme : préserver son principe d’indépendance artistique ou céder à une pression politique croissante.


