Alors que des dizaines de pétroliers appartenant à la « flotte fantôme » russe transitent chaque semaine à proximité des côtes finlandaises, un sabotage présumé d’infrastructures critiques survenu dans la nuit du Nouvel An a conduit Helsinki à renforcer drastiquement sa surveillance maritime et sous-marine.
Un sabotage présumé au cœur des soupçons
Dans la nuit du 31 décembre 2025, une panne majeure a affecté des câbles de télécommunications reliant la Finlande à l’Estonie, perturbant temporairement les liaisons entre Helsinki et Tallinn.
Les autorités finlandaises ont rapidement porté leur attention sur le Fitburg, un cargo de 132 mètres battant pavillon de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, soupçonné d’avoir traîné son ancre sur plusieurs kilomètres, endommageant les infrastructures sous-marines.
Le navire a été arraisonné par les garde-frontières finlandais. Parmi les 14 membres d’équipage, de nationalités russe, géorgienne, kazakhe et azerbaïdjanaise, un ressortissant azerbaïdjanais demeure placé en détention en janvier 2026, dans le cadre d’une enquête pour dommages criminels aggravés.
L’incident s’inscrit dans un contexte plus large, après plusieurs ruptures de câbles signalées début janvier 2026 en mer Baltique, notamment entre la Lettonie et la Lituanie.
La « flotte fantôme », un risque hybride et environnemental
Le golfe de Finlande, l’un des couloirs maritimes les plus étroits et fréquentés d’Europe, voit transiter chaque semaine 30 à 40 pétroliers liés au commerce russe d’hydrocarbures.
Nombre de ces navires appartiennent à la « shadow fleet », un ensemble de bâtiments vieillissants, souvent mal assurés, aux propriétaires opaques, utilisés pour contourner les sanctions occidentales.
Certains de ces pétroliers naviguent à moins de 18 kilomètres des côtes finlandaises, ce qui accroît les inquiétudes :
- risques de pollution majeure en cas d’avarie,
- difficulté d’intervention rapide,
- vulnérabilité accrue des câbles et pipelines sous-marins.
Helsinki muscle son dispositif de surveillance
Face à ces menaces dites « sous le radar », la Finlande a annoncé, le 26 janvier 2026, une série de mesures destinées à renforcer sa posture de sécurité :
- élargissement des pouvoirs des garde-frontières, afin de permettre des interventions préventives contre les navires au comportement jugé suspect ;
- proposition de création d’un centre régional de surveillance balte, associant données radar, satellites et capteurs sous-marins ;
- intégration renforcée à la mission de l’OTAN « Baltic Sentry », lancée en 2025, qui repose notamment sur l’usage de drones sous-marins et de surface pour surveiller en continu les infrastructures critiques.
Une nouvelle phase de la guerre hybride en mer Baltique
Sans attribuer officiellement les sabotages à un acteur étatique, Helsinki reconnaît désormais que la mer Baltique est devenue un espace stratégique central où se mêlent pressions économiques, risques environnementaux et logiques de guerre hybride.
La surveillance des fonds marins s’impose ainsi comme un nouvel enjeu de sécurité européenne, à la frontière du civil et du militaire.


