C’est une tradition, mais cette année, le ton a changé. Depuis son bureau de Marienborg, la Première ministre danoise Mette Frederiksen a présenté ses vœux pour 2026. Entre mea culpa inattendu et promesses sociales fortes, ce discours marque le lancement officieux d’une année électorale décisive pour les Sociaux-Démocrates.
Voici les quatre points cardinaux d’un discours qui va façonner la politique danoise ces prochains mois.
1. Le pouvoir d’achat : Vers un « Chèque Alimentaire »
Face à l’inflation persistante, le gouvernement veut frapper fort pour soutenir les foyers les plus modestes.
Le « chèque alimentaire » : Un transfert d’argent direct destiné aux retraités sans épargne, aux chômeurs et aux familles à faibles revenus.
Baisse de la TVA : Mette Frederiksen a confirmé l’ouverture de négociations au Folketing pour réduire, voire supprimer totalement, la TVA sur les fruits et légumes. Un projet ambitieux qui vise à rendre l’alimentation saine accessible à tous.
2. Inégalités : Le cri d’alarme
La Première ministre a admis un constat amer : les inégalités se creusent au Danemark.
« Il y a un problème quand certains s’enrichissent simplement en vivant au bon endroit, tandis que d’autres peinent à gagner de quoi faire leurs courses », a-t-elle martelé.
Elle a également pointé du doigt les disparités face à la retraite et au système de santé, affirmant que le Danemark est « trop petit » pour supporter de telles fractures sociales.
3. Sécurité et Immigration : La ligne dure
Le ton s’est durci concernant les étrangers condamnés par la justice. Le gouvernement présentera prochainement une « Réforme de l’expulsion ».
Règle d’or : Toute peine d’un an de prison ou plus entraînera systématiquement une expulsion, sans exception liée à l’affiliation.
Un message clair : Citant des exemples précis d’agressions brutales, la Première ministre a lancé un avertissement ferme : « Nous ne voulons pas de votre culture de domination. Vous n’avez rien à faire ici. »
4. L’heure de l’introspection : « Je vous ai mal écoutés »
C’est peut-être la séquence la plus marquante. Après six ans au pouvoir et des résultats électoraux locaux décevants, Mette Frederiksen a fait preuve d’une rare humilitReconnaissance des erreurs : Elle a admis que certaines critiques à son égard étaient « justifiées ».
Changement de méthode : Marqué par la gestion du Covid-19 et les crises internationales (Ukraine, Groenland), elle a confessé s’être « endurcie » au point de ne plus assez écouter les citoyens. Elle s’est engagée à assumer ses responsabilités, notamment pour améliorer le bien-être des jeunes.
Ce discours marque une manœuvre stratégique majeure de la part de Mette Frederiksen. En combinant fermeté assumée sur l’immigration et renforcement de la protection sociale, la Première ministre cherche clairement à reconsolider son socle électoral à l’approche des prochaines élections générales.
Cette double ligne sociale à l’intérieur, restrictive aux frontières n’est pas nouvelle dans la social-démocratie danoise, mais elle est ici poussée à un niveau de clarté rarement atteint. Elle vise à répondre à une inquiétude centrale de l’électorat : préserver le modèle social sans renoncer au contrôle politique et sécuritaire.
Pour les abonnés de la région nordique, ce discours envoie un signal fort : le Danemark s’engage dans une recherche d’équilibre délicate entre solidarité interne et protection des frontières un exercice politiquement risqué, mais devenu incontournable dans le contexte européen actuel.


