Alors que les indicateurs nationaux du VIH affichent une baisse encourageante en 2026, les résultats de la grande enquête CAMPHIA 2024-2025 révèlent une fracture sociale et sanitaire profonde. Avec près de 21 000 nouvelles infections par an, l’épidémie se concentre désormais sur une population particulièrement vulnérable : les adolescentes et les jeunes femmes.
Le constat scientifique est sans appel. Le ministre de la Santé publique, Manaouda Malachie, a rendu publics en février 2026 les résultats de la deuxième évaluation de l’impact du VIH sur la population camerounaise, issue de l’enquête CAMPHIA 2024-2025.
Si le Cameroun peut se féliciter d’avoir ramené la prévalence nationale du VIH à 2,6 %, contre 3,4 % en 2017, l’heure n’est pas au triomphalisme. Derrière cette amélioration globale se dessine une réalité bien plus inquiétante : l’épidémie s’est profondément transformée. Elle n’est plus diffuse, mais ciblée. Et elle frappe désormais d’abord les femmes jeunes.
La tyrannie du genre : un risque multiplié par quatre
Le chiffre le plus révélateur concerne l’incidence, c’est-à-dire le nombre de nouvelles infections.
Chez les hommes âgés de 15 à 49 ans, elle chute à 0,06 %. Chez les femmes, elle atteint 0,24 %.
Concrètement, une femme a aujourd’hui quatre fois plus de risques de contracter le VIH qu’un homme au Cameroun.
Cette féminisation de l’épidémie ne s’explique pas uniquement par des facteurs biologiques. Elle est le symptôme de vulnérabilités structurelles persistantes : violences sexuelles, rapports transactionnels précoces, dépendance économique, inégalités de pouvoir dans la négociation du rapport sexuel et insuffisances de l’éducation à la santé reproductive.
Le VIH apparaît ainsi comme un révélateur brutal des inégalités de genre, bien au-delà du seul champ médical.
Adolescents et jeunes adultes : le maillon faible
Les données de CAMPHIA montrent que près de trois nouvelles infections sur quatre concernent désormais les adolescents et les jeunes adultes. Une dynamique qui fragilise les acquis de la riposte nationale.
Plus préoccupant encore : le succès thérapeutique mesuré par la suppression de la charge virale accuse un retard critique chez les jeunes filles de 15 à 24 ans. Seules 53,7 % d’entre elles parviennent à une charge virale indétectable, contre 95 % chez les personnes plus âgées.
Ce décrochage compromet directement l’objectif mondial de “Zéro Sida d’ici 2030”. Sans contrôle viral chez les plus jeunes, la chaîne de transmission reste active, alimentant un cycle continu de nouvelles contaminations.
Une géographie du VIH de plus en plus contrastée
L’enquête révèle également une forte disparité régionale.
Les régions du Nord et de l’Extrême-Nord affichent des taux de prévalence relativement bas, autour de 1,5 %, tandis que la région du Centre atteint 4,6 %, hors métropole.
Ces écarts soulignent des inégalités persistantes en matière :
- d’accès aux soins,
- de prévention,
- et de perception du risque selon le milieu de vie.
« Nous ne luttons plus contre une maladie généralisée, mais contre une menace ciblée qui s’attaque aux forces vives de la nation : nos filles et nos jeunes », a résumé un responsable de la lutte contre le VIH lors de la présentation du rapport.
Changer de paradigme pour 2026
Le diagnostic est désormais clair. La réponse à l’épidémie ne peut plus être uniquement massive et uniforme. Elle doit devenir ciblée, territorialisée et genrée.
Le défi pour 2026 consiste à déplacer le cœur de la riposte :
- vers les établissements scolaires,
- les zones rurales marginalisées,
- les foyers de précarité,
- et les jeunes femmes exposées à des rapports de pouvoir défavorables.
Sans ce virage stratégique, la baisse globale des indicateurs risque de masquer une crise sanitaire silencieuse, aux conséquences sociales et démographiques durables.

