À Oslo, le procès de Marius Borg Høiby, entamé début février 2026, est l’un des plus médiatisés et controversés de Norvège. Accusé de multiples crimes, dont des viols, des violences et des infractions liées à la drogue, le fils aîné de la princesse héritière fait face à 38 chefs d’accusation dans une affaire qui met à rude épreuve l’image d’une institution royale jusque-là très populaire.
Depuis l’ouverture des audiences au tribunal d’Oslo, près de 200 journalistes ont été accrédités pour couvrir ce procès hors norme, qui doit durer sept semaines et pourrait aboutir à de lourdes peines si des condamnations tombent.
Un long dossier marqué par des violences et des excès
L’affaire trouve son origine dans plusieurs signalements et arrestations échelonnés depuis l’été 2024. Les premières accusations remontent à août 2024, lorsque la police est appelée dans un appartement du quartier Frogner où une compagne de M. Borg Høiby est retrouvée grièvement blessée après une agression.
En novembre 2024, il est arrêté une première fois pour viol et violation d’une ordonnance restrictive, suivi d’une courte détention provisoire. Au fil de l’enquête, les charges retenues s’accumulent et des faits présumés touchent plusieurs anciennes partenaires.
Le 18 août 2025, le parquet présente une liste de 32 chefs d’accusation, comprenant quatre viols et des violences sur au moins deux femmes, après qu’Aftenposten a révélé qu’une de ses anciennes compagnes avait alerté le couple princier dès 2023.
En janvier 2026, l’affaire s’alourdit encore. Deux nouvelles inculpations sont annoncées, notamment pour trafic de stupéfiants. Marius Borg Høiby est accusé d’avoir réceptionné et transporté au moins 3,5 kilogrammes de cannabis en 2020, avant de les remettre à un tiers. Il plaide coupable. Le 1er février, il est à nouveau arrêté et placé en détention provisoire pour quatre semaines, soupçonné d’agression, de menaces avec un couteau et de violation d’une ordonnance restrictive à la suite d’événements récents.
Lors de ce procès, M. Borg Høiby a reconnu certaines infractions mineures, mais a clairement nié les accusations les plus graves, notamment les viols, affirmant qu’il n’a jamais drogué qui que ce soit et rejetant l’interprétation des vidéos et photos retrouvées sur son téléphone.
Un homme confronté à ses excès et aux médias
Dans ses déclarations devant la cour, le prévenu, âgé de 29 ans, a décrit sa vie comme marquée par une quête d’attention et des comportements autodestructeurs. Il a parlé de consommation d’alcool, de drogues et d’excès sexuels, qu’il attribue en partie au fait d’avoir grandi sous le regard des médias dès l’âge de trois ans.
Lors de son témoignage, il a fondu en larmes à plusieurs reprises, affirmant que la pression médiatique et publique avait lourdement pesé sur lui. Il a également nié que les contenus numériques saisis lors de l’enquête prouvent des viols, soutenant que si tels avaient été les cas, il n’aurait jamais conservé ces éléments.
Un procès au cœur du débat public
Bien que Marius Borg Høiby ne soit pas un membre officiel de la Maison royale norvégienne il n’a aucun titre et n’occupe aucun rôle public son lien avec la princesse héritière Mette-Marit a fait de cette affaire un symbole national.
Le procès survient à un moment où la monarchie traverse une période difficile, exacerbée par d’autres controverses, notamment des révélations sur des contacts passés de la princesse héritière avec le criminel sexuel américain Jeffrey Epstein, qui ont ravivé les critiques à l’encontre de l’institution royale.
Pour certains analystes et médias norvégiens, ce dossier constitue l’une des plus importantes enquêtes sur des crimes sexuels de ces dernières années dans le pays et met en lumière les tensions entre la transparence judiciaire et la protection d’une institution historique.
Répercussions politiques et sociales
L’affaire a également alimenté des débats sur l’avenir de la monarchie norvégienne. Alors que certains députés avaient proposé un référendum sur l’abolition du régime monarchique, le parlement a finalement voté pour le maintien de l’institution, malgré une popularité en légère baisse dans les sondages récents.
Si Marius Borg Høiby ne porte aucun titre royal, il est le fils de la princesse héritière Mette-Marit et a grandi au cœur de la famille royale norvégienne. La répétition des accusations, leur extrême gravité et la proximité de l’accusé avec l’institution monarchique font de cette affaire un séisme judiciaire, politique et symbolique.
Le procès de Marius Borg Høiby restera néanmoins un moment charnière pour la famille royale, pour la justice norvégienne et pour la société, confrontée à des questions difficiles sur la manière de concilier égalité devant la loi, responsabilité individuelle et image d’une institution séculaire.


