Dans une société de plus en plus diversifiée comme la Suède, il n’est pas rare de croiser des prénoms venus d’ailleurs. Parmi les plus nombreux, plus de 47 000 hommes portent le prénom Mohammed ou l’une de ses variantes orthographiques un chiffre qui rivalise avec les grands classiques suédois comme Erik (environ 65 000) ou Johan (environ 74 000). Pourtant, malgré cette popularité, Mohammed ne figure pas sur le calendrier officiel des « name days », ces jours associés à des prénoms que certains fêtent comme une seconde date d’anniversaire.
Une tradition qui remonte aux saints
La tradition des « namnsdagar » (jours de prénom) en Suède trouve ses origines dans le calendrier des saints chrétien, introduit au Moyen Âge. À l’origine, chaque jour de l’année était associé à un saint ou une fête religieuse ; avec le temps, la pratique s’est étendue à des prénoms plus usuels tout en conservant une base culturelle historico-religieuse.
Aujourd’hui, le calendrier officiel modernisé au début du XXIᵉ siècle attribue à chaque jour un ou plusieurs prénoms, souvent issus de traditions nordiques ou chrétiennes, mais sans inclure tous les noms courants de la population actuelle.
Des règles strictes pour l’ajout de nouveaux prénoms
Selon des responsables culturels, notamment des représentants de l’Académie suédoise, l’ajout d’un prénom au calendrier ne dépend pas simplement de sa popularité numérique. Un prénom doit aussi avoir une présence durable dans la société suédoise et, idéalement, une certaine histoire ou une origine culturelle reconnue dans le contexte local.
Pour illustrer cela, quelques nouveaux prénoms modernes ont récemment été ajoutés à la liste, comme Emmy ou Jasmine qui comptent chacun plusieurs milliers de porteurs en Suède mais cela s’est fait dans une logique de renouvellement progressif plutôt que d’adaptation immédiate à la diversité démographique.
Des alternatives déjà populaires
Pour ceux qui souhaitent tout de même célébrer une journée liée à Mohammed, certaines initiatives non officielles existent. Par exemple, des médias ou programmes télé destinés aux enfants ont instauré des “jours supplémentaires” où des prénoms comme Mohamad apparaissent dans des calendriers participatifs, sans statut officiel.
Une question d’identité culturelle
La question de l’absence de prénoms comme Mohammed ou Ibrahim reste un sujet de débat aussi bien culturel que symbolique. Certains y voient une occasion de rendre le calendrier plus représentatif de la société suédoise contemporaine ; d’autres estiment que le principe doit rester lié à son héritage historique.
La fête traditionnelle d’Abraham, célébrée le 18 décembre dans certains calendriers, est parfois brandie comme exemple de cohérence religieuse, et soulève la question logique : si Abraham a sa journée, pourquoi pas Ibrahim, son équivalent culturellement significatif pour d’autres communautés ?
Quel que soit le point de vue, ce débat met en lumière la tension entre traditions héritées et réalités sociales changeantes, un thème de plus en plus présent dans la Suède multiculturelle du XXIᵉ siècle.


