Ce 6 février, du nord de la Norvège aux plaines de la péninsule de Kola, en passant par la Suède et la Finlande, le drapeau aux quatre couleurs se déploie dans l’air glacé. La Journée nationale samie célèbre l’unité d’un peuple autochtone dont la culture millénaire défie les frontières modernes et les pressions du XXIᵉ siècle.
De notre correspondant en Sápmi
Alors que l’attention internationale se porte aujourd’hui sur les Alpes italiennes et les Jeux d’hiver, une autre flamme plus ancienne, plus discrète brille au cœur de l’Arctique. Le 6 février n’est pas une date symbolique choisie au hasard : elle marque l’anniversaire du premier congrès sami, tenu en 1917 à Trondheim.

Pour la première fois, des représentants samis du Nord et du Sud s’y réunissaient, par-delà les frontières nationales, afin de défendre leurs droits, leur langue et leur survie culturelle. Plus d’un siècle plus tard, cet héritage résonne toujours.
Un drapeau, une identité, quatre États
Le territoire du peuple sami s’étend sur quatre pays Norvège, Suède, Finlande et Russie mais en ce jour, c’est une seule et même nation qui s’exprime. Partout, l’hymne Sámi soga lávlla est entonné, rappelant une identité partagée au-delà des découpages étatiques.

- Un drapeau chargé de symboles
Le cercle bicolore et les quatre couleurs rouge (le feu), bleu (l’eau), jaune (le soleil) et vert (la nature) reflètent une cosmologie profondément liée aux cycles naturels. Ces teintes se retrouvent dans les gákti, les costumes traditionnels portés avec fierté lors des cérémonies à Tromsø, Kiruna ou Inari. - Le joik, mémoire vivante
Chant a cappella parmi les plus anciens d’Europe, le joik n’est ni un simple air folklorique ni une performance scénique : il évoque une personne, un lieu ou un esprit. Longtemps réprimé, il résonne aujourd’hui dans les écoles, les institutions culturelles et les parlements samis comme un acte de transmission et de résistance.
2026 : la “transition verte” sous tension

En 2026, la célébration nationale se déroule dans un contexte politique tendu. Si la reconnaissance institutionnelle progresse lentement, les pressions sur les terres ancestrales samies s’intensifient.
- Mines, éoliennes et conflits d’usage
L’exploitation de minerais stratégiques essentiels aux batteries et à la transition énergétique européenne ainsi que l’implantation de parcs éoliens entrent fréquemment en collision avec les zones de pâturage des rennes. Pour les communautés samies, la “transition verte” se fait parfois sans leur consentement. - Un climat qui se dérègle
L’Arctique se réchauffe près de quatre fois plus vite que le reste de la planète. Hivers instables, épisodes de gel et de dégel successifs, neige impraticable : l’élevage traditionnel de rennes, pilier économique, culturel et spirituel, est directement menacé.

Svensson/image bank sweden
Une fête qui dépasse le folklore
Dans les capitales nordiques Oslo, Stockholm, Helsinki la Journée nationale est désormais marquée par des levées officielles du drapeau sami devant les parlements et les mairies. Mais l’essentiel se joue ailleurs, dans les foyers et les communautés.
Autour d’un bidos, le ragoût traditionnel de renne, les discussions portent sur l’avenir des langues samies, dont plusieurs sont classées comme gravement menacées par l’UNESCO. Préserver la langue, ici, revient à préserver une manière unique de comprendre le monde arctique.
La Journée nationale samie n’est donc pas seulement un hommage au passé. C’est une affirmation politique contemporaine. En 2026, le peuple sami ne se contente plus d’être reconnu : il revendique un rôle central dans la gestion des territoires arctiques et dans les décisions qui façonneront leur avenir.


