La Finlande a publié de nouvelles directives renforçant strictement l’usage des outils numériques chez les enfants. Désormais, les autorités sanitaires et éducatives recommandent l’interdiction des smartphones et des réseaux sociaux pour les moins de 13 ans, invoquant des risques avérés pour la santé et le développement des jeunes.
Ces recommandations ont été élaborées conjointement par l’Institut national de la santé et du bien-être (THL) et l’Agence nationale de l’éducation, et rendues publiques jeudi. Elles concernent exclusivement l’usage récréatif du numérique et ne s’appliquent pas aux activités scolaires ou aux devoirs.
Selon ces nouvelles lignes directrices, les enfants de moins de 13 ans ne devraient ni posséder de smartphone personnel ni accéder aux réseaux sociaux. Le temps d’écran est également strictement encadré : aucun écran n’est recommandé avant l’âge de deux ans, une heure par jour maximum pour les enfants de 2 à 10 ans, et jusqu’à deux heures quotidiennes pour les 11–13 ans.
Les autorités insistent également sur le respect des classifications par âge pour les jeux vidéo, les programmes télévisés, les films et les contenus en ligne, afin de limiter l’exposition à des contenus jugés préjudiciables.
Un durcissement salué par les experts et les parents
Ces recommandations vont plus loin qu’un projet préliminaire publié à l’automne dernier, qui évoquait uniquement l’interdiction des réseaux sociaux. Cette première version avait suscité plus de 6 000 réactions de parents, majoritairement favorables à des restrictions renforcées. De nombreux chercheurs et spécialistes avaient également plaidé pour un cadre plus strict.
Le THL prévoit par ailleurs de publier d’ici la fin de l’année des recommandations spécifiques pour les adolescents âgés de 14 à 18 ans.
Sur le plan politique, le Premier ministre Petteri Orpo (NCP) a exprimé son soutien à une interdiction des réseaux sociaux pour les enfants de moins de 15 ans. Son gouvernement travaille actuellement à l’élaboration d’un rapport préliminaire sur le sujet. Selon la chaîne publique Yle, l’exécutif souhaite avancer rapidement, la législature actuelle devant s’achever au printemps 2027.
« Une expérience humaine non contrôlée »
Pour Silja Kosola, professeure agrégée en médecine de l’adolescence et spécialiste de l’impact des médias sociaux, ce durcissement était devenu nécessaire.
« Nous avons mené une expérience humaine non contrôlée », affirme-t-elle. « La Finlande est extrêmement à l’aise avec le numérique et nous avons confié des smartphones à des enfants très jeunes. Je ne connais aucun autre pays où des élèves de CP possèdent leur propre téléphone. »
La chercheuse estime que la responsabilité de réguler l’accès aux réseaux sociaux ne peut reposer uniquement sur les parents. Elle met notamment en garde contre le modèle danois, qui interdit les réseaux sociaux aux moins de 15 ans tout en autorisant leur usage dès 13 ans avec accord parental.
« En pratique, cela abaisse la limite réelle et dilue le message. Il est essentiel que la même règle s’applique à tous », conclut-elle.


