Réunis en sommet extraordinaire à Brazzaville, les chefs d’État de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale ont adopté une série de mesures de rigueur destinées à enrayer la détérioration des équilibres macroéconomiques. En ligne de mire : la préservation des réserves de change, la crédibilité du Franc CFA et l’évitement d’un scénario de dévaluation à l’horizon 2026.
Une équation macroéconomique sous tension
Depuis plusieurs mois, la zone CEMAC évolue sur une ligne de crête. Le recul des recettes pétrolières, la montée des charges de la dette extérieure et le non-respect récurrent des critères de convergence communautaires ont fragilisé les fondamentaux monétaires.
Dans ce contexte, la perspective d’un « ajustement monétaire » — euphémisme pour une dévaluation s’est progressivement imposée dans les analyses des marchés et des bailleurs.
Le sommet de Brazzaville visait donc un double objectif : rassurer les partenaires financiers internationaux et réaffirmer une discipline collective, là où les réponses nationales isolées ont montré leurs limites.
Dix recommandations pour restaurer la crédibilité de la zone
Le communiqué final dresse une feuille de route structurée autour de dix axes majeurs :
- Alignement budgétaire
Garantir la cohérence stricte des lois de finances nationales avec les engagements souscrits auprès du Fonds monétaire international. - Programmes avec le FMI
Conclure, poursuivre ou renforcer les programmes économiques et financiers afin d’assurer la soutenabilité des trajectoires de dette publique. - Indépendance monétaire
Préserver l’autonomie de la Banque des États de l’Afrique Centrale et renforcer les pouvoirs de supervision de la Commission bancaire de l’Afrique centrale. - Rapatriement des devises
Exiger le retour effectif des avoirs publics détenus à l’étranger et des recettes d’exportation des entreprises opérant dans la zone. - Fonds de restauration pétroliers
Accélérer les négociations avec les compagnies extractives pour le rapatriement des fonds destinés à la réhabilitation des sites pétroliers. - Import-substitution
Intensifier la mise en œuvre de la stratégie communautaire visant à réduire la dépendance aux importations et la sortie de devises. - Assainissement du secteur bancaire
Limiter l’exposition excessive des banques commerciales à la dette souveraine afin de contenir le risque systémique. - Diversification économique
Sortir du modèle du « tout-pétrole » en orientant les investissements vers l’agro-industrie et l’énergie, notamment via la Banque de développement des États de l’Afrique centrale. - Renforcement fiscal
Moderniser les administrations financières pour améliorer la mobilisation des recettes non pétrolières. - Mécanisme de suivi
Mettre en place un dispositif de suivi-évaluation renforcé pour garantir l’exécution effective des décisions arrêtées.
Un signal politique adressé aux investisseurs
Clôturant les travaux, le président congolais Denis Sassou N’Guesso a insisté sur la nécessité de traduire ces engagements en résultats tangibles, appelant à rompre avec « la culture des annonces sans lendemain ».
Pour les marchés et les partenaires techniques, le message est sans ambiguïté : la CEMAC entend défendre la stabilité de son cadre monétaire par la discipline, la solidarité régionale et la restauration progressive de ses marges de souveraineté financière.


