Le Forum économique mondial s’ouvre ce mardi 20 janvier 2026 dans une atmosphère électrique. Dans les couloirs feutrés de Davos, une inquiétude domine toutes les conversations : le retour offensif de Donald Trump sur la scène internationale. Attendu mercredi dans les Alpes suisses, le président américain a déjà imposé son tempo, transformant le Groenland en instrument de pression économique et stratégique sans précédent sur l’Europe.
Derrière les sourires diplomatiques et les panels sur la résilience mondiale, Davos tremble.
Le Groenland, nouvelle arme de coercition géoéconomique
La méthode Trump rompt avec les guerres commerciales classiques. Cette fois, il ne s’agit ni d’acier ni de subventions industrielles, mais d’un territoire clé de l’Arctique.
Le président américain exige l’acquisition du Groenland, territoire autonome sous souveraineté danoise. Pour contraindre Copenhague et ses alliés européens, Washington a annoncé, samedi 17 janvier, l’instauration de droits de douane de 10 % dès le 1er février sur les importations en provenance de huit pays européens, dont la France, l’Allemagne et la Norvège. Une montée en puissance est déjà programmée : 25 % à partir du 1er juin 2026 si aucun accord n’est trouvé.
L’enjeu dépasse largement la symbolique territoriale. Le Groenland concentre des ressources minérales critiques, notamment des terres rares indispensables à la transition énergétique et aux industries de défense, ainsi qu’un accès privilégié aux routes maritimes arctiques, appelées à devenir stratégiques avec la fonte des glaces.
Le « bazooka » européen, encore sous verrou
Face à cette pression frontale, l’Union européenne dispose d’un outil redouté mais encore jamais activé : l’Instrument anti-coercition (ACI), adopté en 2023.
Ce mécanisme permet à Bruxelles de riposter lorsqu’un État tiers utilise des mesures économiques pour influencer des décisions souveraines européennes. Concrètement, il ouvre la voie à des restrictions d’accès aux marchés publics, au blocage d’investissements étrangers ou à des sanctions commerciales ciblées.
Ce week-end, Emmanuel Macron a publiquement appelé à envisager l’activation de cet outil, qualifié de « bazooka ». Mais à Bruxelles, la prudence domine. Une telle décision marquerait un point de non-retour dans les relations transatlantiques, avec le risque d’un affrontement économique durable entre alliés historiques.
Trois scénarios qui hantent les couloirs de Davos
À Davos, économistes, diplomates et dirigeants esquissent trois trajectoires possibles pour les semaines à venir.
- L’escalade maîtrisée
Donald Trump utiliserait la menace tarifaire comme levier de négociation sans aller jusqu’à son application maximale. Les marchés resteraient volatils, mais l’impact économique serait contenu. - La guerre commerciale ouverte
L’application des droits de douane à 25 % et une riposte européenne via l’ACI entraîneraient une désorganisation majeure des chaînes de valeur, une poussée inflationniste et un risque réel de récession. - La rupture systémique
Le conflit déborderait le champ commercial pour devenir une crise stratégique, mettant en péril la coopération sécuritaire occidentale, voire l’architecture même de l’OTAN. Un scénario redouté, synonyme de fragmentation durable de l’économie mondiale.
Les figures clés sous les projecteurs
Plusieurs acteurs centraux tentent d’infléchir le cours des événements dans les salons feutrés du forum.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a plaidé ce matin pour une « indépendance stratégique européenne » accrue face aux chocs géopolitiques.
Côté américain, le secrétaire au Trésor Scott Bessent, arrivé lundi, a mis en garde contre toute riposte européenne jugée « très imprudente », soulignant que Washington n’entendait pas déléguer sa sécurité dans l’hémisphère nord.
Enfin, le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre, directement ciblé par les mesures américaines, multiplie les consultations avec les pays nordiques et Londres.
L’idée, parfois évoquée, d’une pression européenne par la vente massive de dette américaine est largement considérée comme irréaliste : ces actifs sont majoritairement détenus par des fonds privés, hors du contrôle direct des États.
À Davos, une certitude s’impose : le forum 2026 ne sera pas celui des grandes déclarations consensuelles, mais celui où se joue, peut-être, un basculement durable de l’ordre économique mondial.


