Face au désintérêt croissant des jeunes pour les livres, le gouvernement danois et le Parti conservateur ont conclu, ce lundi 19 janvier 2026, un accord culturel d’envergure. Doté de 60 millions de couronnes (environ 8 millions d’euros), ce plan d’action entend redonner le goût de la lecture en misant sur la force de l’image et du récit graphique.
Une réponse politique à l’érosion de la lecture
Depuis plusieurs années, les autorités culturelles danoises observent une baisse continue de la pratique de la lecture chez les enfants et les adolescents, concurrencée par les écrans et les formats numériques courts. Plutôt que de s’inscrire dans une logique contraignante, le gouvernement a choisi une approche incitative, fondée sur l’accessibilité et le plaisir.
La bande dessinée, longtemps considérée comme un genre secondaire, s’impose désormais comme un levier stratégique. Son langage visuel, sa narration dynamique et sa capacité à aborder des thèmes complexes en font un outil privilégié pour reconnecter les jeunes publics au livre.
La Maison de la Bande Dessinée, pierre angulaire du plan
Mesure phare de cet accord, la création de la Tegneseriens Hus (Maison de la Bande Dessinée) doit voir le jour dans les prochaines années. Loin d’un simple musée, ce lieu se veut un centre national de ressources, de recherche et de médiation autour de la lecture par l’image.
L’établissement aura pour missions d’accueillir des classes, de former des enseignants et des médiateurs culturels, et de proposer des expositions permanentes et temporaires consacrées à l’art de la bande dessinée. Il ambitionne également d’étudier les mécanismes cognitifs de la lecture visuelle, afin de mieux comprendre comment l’image peut servir de passerelle vers des formes de littérature plus textuelles.
Soutenir la création et les genres fragilisés
Au-delà de la promotion de la lecture, le plan d’action s’attaque également aux conditions de production littéraire. Une part significative du budget sera consacrée au renforcement des bourses destinées aux dessinateurs et illustrateurs, une profession souvent marquée par la précarité.
Le dispositif prévoit aussi un soutien ciblé aux genres dits « fragiles », comme la poésie ou la littérature exigeante, qui peinent à s’imposer sur les plateformes numériques. L’objectif est de faciliter leur impression et leur diffusion physique, afin de préserver la diversité culturelle et éditoriale.
Enfin, un volet international accompagnera la promotion des auteurs danois à l’étranger, dans une volonté affirmée de renforcer la visibilité du pays sur la scène littéraire mondiale.
Un investissement inscrit dans le budget 2026
Négocié dans le cadre de la loi de finances 2026, cet accord témoigne d’une volonté politique de long terme. Pour le ministère de la Culture, il s’agit moins d’une dépense que d’un investissement stratégique.
« On ne peut pas forcer un enfant à lire, mais on peut lui donner envie. La bande dessinée n’est pas une sous-littérature, c’est un moteur de compréhension du monde qui peut débloquer le plaisir de lire chez des milliers de jeunes », souligne le ministère dans un communiqué officiel.
En misant sur la bande dessinée comme porte d’entrée vers la lecture, le Danemark affirme une vision culturelle inclusive, où l’image et le texte ne s’opposent plus, mais se complètent au service de l’apprentissage et de la curiosité intellectuelle.


