Longtemps considérée comme l’un des pays les plus ouverts de l’Union européenne en matière de naturalisation, la Suède opère un virage radical.
Les derniers chiffres de l’Migrationsverket pour l’année 2025 confirment une chute brutale des octrois de citoyenneté, marquant une rupture profonde avec la politique menée au cours des décennies précédentes.
Les chiffres clés (bilan 2025)
- Naturalisations accordées : Environ 38 000 personnes ont obtenu la nationalité suédoise en 2025, contre près de 64 000 en 2024, soit une baisse d’environ 40 %.
- Asile : L’immigration liée à l’asile atteint son niveau le plus bas depuis plus de 40 ans, réduisant mécaniquement le nombre de futurs candidats à la citoyenneté.
- Demandes en attente : Malgré la baisse du nombre de décisions, les délais de traitement restent longs, en raison d’enquêtes de sécurité considérablement renforcées.
Les trois causes principales du recul
1. Des critères d’éligibilité nettement durcis
Le gouvernement a mis fin à ce qu’il qualifie de critères « trop permissifs ». Depuis la mi-2025, plusieurs réformes ont été mises en œuvre ou annoncées :
- Allongement de la durée de résidence : Jusqu’à huit ans de présence continue sont désormais exigés, contre cinq auparavant.
- Exigence d’autosuffisance financière : Les candidats doivent démontrer qu’ils ne dépendent pas des aides sociales.
- Exigence de “vie honorable” : Tout antécédent judiciaire, y compris mineur, constitue désormais un obstacle majeur à la naturalisation.
2. La sécurité au cœur du processus
Le service de renseignement intérieur, la Säpo, intervient désormais de manière systématique dans un nombre croissant de dossiers.
Les contrôles liés aux risques de radicalisation, de criminalité organisée ou d’ingérences étrangères ont été renforcés, rallongeant les procédures et augmentant le taux de refus pour motifs de sécurité nationale.
3. Le passage à une logique de résidence temporaire
La généralisation des permis de séjour temporaires, au détriment des titres permanents, crée un véritable goulot d’étranglement. Or, l’accès à la citoyenneté reste conditionné à une résidence permanente sur la durée.
Résultat : des milliers de résidents de long terme voient leur accès à la nationalité repoussé, parfois de plusieurs années.
Un impact politique et social majeur
Pour le ministre des Migrations, Johan Forssell, cette évolution est assumée :
« Devenir citoyen suédois doit être le résultat d’une intégration réussie, pas une formalité administrative. »
À l’inverse, plusieurs ONG et organisations de défense des droits humains alertent sur le risque de voir émerger une population durablement installée en Suède, mais privée de droits politiques nationaux, notamment du droit de vote aux élections législatives un enjeu potentiel de cohésion sociale à long terme.
À retenir
À compter du 1er juin 2026, de nouvelles règles entreront en vigueur, incluant des tests obligatoires de langue suédoise et de connaissances civiques pour l’ensemble des candidats à la citoyenneté.


