Pendant plus de deux siècles, les sages-femmes ont occupé une place centrale dans la santé maternelle finlandaise. Bien avant l’essor de l’hôpital moderne, elles étaient souvent le seul recours pour les femmes enceintes, notamment dans les zones rurales isolées.
La formation officielle des sages-femmes a débuté en Finlande au début du XIXᵉ siècle, il y a environ 210 ans, dans un contexte où la mortalité infantile et maternelle constituait un enjeu majeur de santé publique. Faute de médecins en nombre suffisant, l’État a progressivement structuré la profession afin de garantir un accompagnement des naissances sur l’ensemble du territoire.
Mais cette couverture n’était pas uniforme. Dans les villes, les familles aisées pouvaient rémunérer les sages-femmes en argent. À la campagne, les conditions étaient bien différentes.
« Dans les zones rurales, le paiement pouvait se faire en bois de chauffage ou en produits agricoles. Certaines sages-femmes travaillaient même sans aucune rémunération »,
explique Päivi Oinonen, représentante de la Fédération finlandaise des sages-femmes.
Aux origines : naissance d’une profession au service du bien-être familial
La profession de sage-femme trouve ses racines au début du XIXᵉ siècle en Finlande, dans un contexte où l’augmentation de la population et la réduction de la mortalité infantile étaient des priorités publiques. Faute de médecins disponibles dans les campagnes, la formation et le rôle des sages-femmes se sont structurés pour pallier ces carences, faisant de ces professionnelles des figures indispensables dans les soins autour de la naissance.
Ce développement s’inscrit dans l’essor d’un État-providence nordique, où la santé maternelle et infantile fut progressivement intégrée à un système de soins universel. Dès les années 1920, un réseau national de centres de maternité et de consultations prénatales (les neuvola) a été introduit pour accompagner les familles tout au long de la grossesse, de l’accouchement et pendant l’enfance, contribuant à une chute spectaculaire de la mortalité infantile.
Une profession enracinée dans la communauté
Traditionnellement, surtout dans les zones rurales isolées, les familles ne disposaient pas des mêmes ressources que dans les villes ; la rémunération pouvait être inégale, parfois modeste, ce qui incluait parfois des paiements en nature comme du bois de chauffage, du grain ou d’autres produits agricoles — un témoignage des modes d’échange informels qui subsistaient longtemps dans ces régions. Cette réalité rurale rappelle que la profession n’a pas seulement été médicale, mais aussi sociale et communautaire. (Contexte sociétal, basé sur pratiques historiques similaires et récits locaux.)
L’accouchement à domicile, une norme jusqu’aux années 1960
Jusqu’au milieu du XXᵉ siècle, l’accouchement à domicile constituait la norme en Finlande. Les sages-femmes se déplaçaient de ferme en ferme, souvent sur de longues distances, et assumaient un rôle qui dépassait largement le cadre médical : soutien psychologique, transmission de savoirs, lien social.
Selon la radiotélévision publique Yle, ce modèle a commencé à décliner dans les années 1950 et 1960, lorsque les autorités sanitaires ont encouragé les naissances à l’hôpital, jugées plus sûres pour les mères et les nouveau-nés.
« Le passage à l’accouchement hospitalier a été perçu comme une avancée majeure en matière de sécurité périnatale »,
rappelle Yle dans un dossier consacré à l’histoire des maternités finlandaises.
Centralisation : moins de maternités, plus de distance
Si cette évolution a permis une baisse significative de la mortalité maternelle et infantile, elle s’est accompagnée d’un mouvement de centralisation progressif. En 1975, la Finlande comptait encore 62 maternités. Aujourd’hui, il n’en reste plus que 21.
Cette réduction du réseau hospitalier a entraîné un éloignement des services de maternité, en particulier pour les populations rurales et du nord du pays. Plusieurs études universitaires soulignent que cette distance accrue peut générer du stress chez les futures mères et poser des défis logistiques, notamment en hiver.
Médicalisation et centralisation des soins
Les années 1950-60 marquent un tournant : avec la montée en puissance des soins hospitaliers, la Finlande a encouragé le passage progressif des accouchements à domicile vers les établissements spécialisés. Cette évolution s’accompagne de la construction de maternités et d’une réorganisation des soins périnataux dans un cadre plus sécurisé.
Cependant, la centralisation des services a eu un côté sombre : plus de la moitié des unités d’accouchement ont fermé depuis les années 1970, réduisant le nombre d’établissements de 62 en 1975 à seulement 21 aujourd’hui. Cette tendance a accru l’éloignement des services pour les populations rurales et du nord du pays, un défi majeur pour l’accès équitable aux soins.
Rôle actuel des sages-femmes et défis contemporains
Aujourd’hui, la formation des sages-femmes en Finlande dure environ 4,5 ans et combine des compétences en soins prénataux, périnataux et postnataux, avec la possibilité d’exercer en hôpital comme dans des structures communautaires ou en cabinet privé.
Des recherches contemporaines indiquent que les sages-femmes finlandaises continuent de jouer un rôle central dans la surveillance prénatale et l’accompagnement des accouchements physiologiques, même si la tendance à la médicalisation a transféré certaines responsabilités vers les infirmières spécialisées dans les grandes structures.
Réflexion : santé publique, égalité territoriale et héritage social
L’histoire des sages-femmes finlandaises illustre deux dynamiques contrastées :
- celle d’une profession profondément ancrée dans la communauté, façonnant la santé des familles rurales bien avant l’ère hospitalière,
- et celle d’un système de soins moderne qui, tout en améliorant la sécurité périnatale, pose des défis d’accès pour les régions éloignées.
Alors que les débats contemporains sur l’accès aux soins ruraux s’intensifient en Europe, la Finlande, avec son riche héritage de neuvola et de sages-femmes communautaires, offre un terrain fécond pour repenser l’équilibre entre centralisation et proximité.
Souries
- Maaseudun Tulevaisuus – Reportage sur l’histoire des sages-femmes et la santé rurale
- Fédération finlandaise des sages-femmes (Suomen Kätilöliitto) Témoignage de Päivi Oinonen
- Yle (Yleisradio) Dossiers historiques sur les accouchements et les maternités en Finlande
- Finland.fi – Histoire du système neuvola et de la santé maternelle
- Université de Tampere (Trepo) Travaux de recherche sur la centralisation des soins hospitaliers


