Le rideau est tombé sur les résultats provisoires de la présidentielle du 28 décembre 2025 en République centrafricaine, mais la scène politique est loin de s’apaiser. Alors que l’Autorité nationale des élections (ANE) a plébiscité Faustin-Archange Touadéra dès le premier tour, son principal rival, Anicet-George Dologuélé, rejette en bloc des résultats qu’il juge issus d’une « fraude méthodique ».
Un score écrasant sur fond de suspicions
Selon les chiffres officiels de l’ANE, la victoire du président sortant est sans appel. Pourtant, l’ampleur du score et les conditions du scrutin cristallisent les critiques de l’opposition.
Faustin-Archange Touadéra : 76,15 % des voix.
Anicet-George Dologuélé : 14,66 % des voix.
Participation : 52,43 % (quadruple scrutin).
Pour Dologuélé, ces statistiques ne sont qu’une façade. L’opposant accuse l’ANE d’avoir totalement abandonné son indépendance au profit du régime, transformant l’organe électoral en un outil de légitimation du pouvoir en place.
La fracture du troisième mandat
Au-delà des irrégularités dénoncées lors du vote, c’est la légitimité même de cette candidature qui reste le nœud du conflit. En 2023, une réforme constitutionnelle controversée a permis à Faustin-Archange Touadéra de briguer ce troisième mandat, une manœuvre que l’opposition qualifie de « coup d’État constitutionnel ».
« Cette réélection est le point culminant d’une stratégie de confiscation du pouvoir entamée depuis des années », affirment les proches d’Anicet-George Dologuélé.
Un mois de janvier sous haute tension
Le pays retient son souffle en attendant la proclamation des résultats définitifs prévue pour la mi-janvier 2026. Plusieurs étapes cruciales restent à franchir :
1.Le dépôt des recours : Dologuélé a annoncé son intention de saisir le Conseil constitutionnel pour faire invalider les procès-verbaux suspects.
2. L’examen juridique : La capacité des institutions judiciaires à traiter ces recours de manière impartiale sera le test ultime pour la démocratie centrafricaine.
3. Le risque sécuritaire : Dans un pays où les groupes armés restent influents, la contestation politique pourrait, si elle n’est pas canalisée par le droit, déborder dans la rue.
Un climat de déjà-vu
Déjà en 2016 et en 2020, les victoires de Touadéra avaient été marquées par des contestations virulentes. Ce troisième succès, bien que massif sur le papier, laisse apparaître une nation profondément divisée. Pour le président réélu, le défi ne sera pas seulement de gouverner, mais de restaurer un dialogue national devenu presque inexistant avec une opposition qui se sent systématiquement écartée.
La République centrafricaine s’engage dans une période d’incertitude. Si le Conseil constitutionnel valide les chiffres de l’ANE sans concessions, l’opposition pourrait se radicaliser, affaiblissant ainsi la stabilité d’un pays qui peine à sortir de cycles de violences récurrents.


