C’est un basculement historique pour un pays longtemps érigé en modèle de réhabilitation sociale.
À Rosersberg, au nord de Stockholm, l’administration pénitentiaire suédoise transforme actuellement des ailes de prison en unités hautement sécurisées destinées à accueillir des enfants dès l’âge de 13 ans. Un projet soutenu par le gouvernement et les Démocrates de Suède (SD), conçu comme une réponse directe à l’explosion de la violence liée aux gangs, qui recrutent de plus en plus tôt.
Rosersberg, laboratoire de l’incarcération précoce
L’établissement de Rosersberg fait partie des huit prisons sélectionnées à travers le pays aux côtés de Kumla et Ystad pour accueillir ces nouveaux détenus mineurs. Les travaux doivent être achevés pour le 1er juillet 2026.
Les cellules, d’une superficie de 8 m², ont été spécifiquement adaptées :
- mobilier fixe (lit, bureau, étagères),
- télévision protégée par plexiglas,
- détail hautement symbolique : les autorités autorisent officiellement la présence de peluches pour les détenus âgés de 13 à 14 ans.
Une surveillance inédite
La principale rupture avec le système carcéral adulte réside dans l’encadrement humain. Selon le directeur de l’établissement, Gabriel Wessman, le dispositif prévoit un agent correctionnel par détenu.
- Séparation stricte : les 13–14 ans ne seront pas mélangés aux 15–17 ans.
- Isolement total de la population carcérale adulte.
- Confinement nocturne de 20h à 7h, avec système d’alarme intégré et intervention du personnel en binôme en cas de besoin.
École, sport et déconnexion numérique
Les autorités affirment vouloir maintenir un minimum de cadre éducatif, malgré l’enfermement :
- Éducation : un taux d’encadrement exceptionnel, avec 7 à 8 enseignants pour 4 unités.
- Loisirs encadrés : une heure de sortie quotidienne, musique, peinture et jeux vidéo non violents autorisés.
- Interdiction totale des téléphones portables et tablettes.
Selon Gabriel Wessman, l’absence de réseaux sociaux constitue à la fois le choc le plus difficile pour ces adolescents et leur meilleure protection contre les pressions exercées par les gangs depuis l’extérieur.
Pourquoi ce virage répressif ?
Ce tournant repose sur un constat jugé accablant par les autorités : près de 90 % des mineurs issus de gangs placés dans les foyers fermés actuels (SiS) récidivent à leur sortie.
Deux réformes majeures sont envisagées :
- Abaissement de l’âge de la responsabilité pénale à 13 ans pour les crimes les plus graves (meurtres, attentats à l’explosif).
- Surveillance post-carcérale renforcée, avec un suivi probatoire strict par les services correctionnels, rompant avec le système actuel jugé trop permissif.
« Ici, ils ont l’occasion d’échapper au monde criminel. C’est une protection pour la société, mais aussi pour l’enfant qui a été recruté par ce système », explique Pia Wihlborg, inspectrice correctionnelle.
Un projet appelé à s’étendre
La phase initiale prévoit environ 100 places, mais le gouvernement anticipe déjà un besoin compris entre 250 et 300 places à moyen terme. La Suède s’achemine ainsi vers l’un des dispositifs carcéraux pour mineurs les plus structurés et les plus controversés d’Europe.
L’enjeu central
Au-delà des murs et des dispositifs de sécurité, le véritable défi sera humain : former un personnel capable d’être à la fois surveillant, éducateur et figure de soutien pour des enfants de 13 ans ayant commis des actes d’une extrême violence.
Le succès ou l’échec de cette « dernière chance » de réinsertion pèsera lourdement sur l’avenir sécuritaire et social de la Suède.


