Les ouvertures répétées et le désir affiché de Donald Trump de s’emparer du Groenland ont été rejetés à maintes reprises, aussi bien par les autorités locales à Nuuk que par le gouvernement danois à Copenhague, sans oublier le peuple groenlandais lui-même.
Ce rejet s’est cristallisé de manière spectaculaire en mars de l’année dernière, lorsque des milliers de Groenlandais sont descendus dans les rues, drapeau national l’erfalasorput flottant au vent. Il s’agissait alors de la plus grande manifestation jamais organisée dans le pays, portée par un message sans équivoque : le Groenland n’est ni annexable, ni à vendre.
Au lendemain de nouvelles déclarations offensives de Donald Trump visant le Venezuela, un autre dossier sensible ressurgit dans le débat international : celui du Groenland. Deux affaires distinctes, mais révélatrices d’une même approche géopolitique directe et assumée par l’ancien président américain.
Alors que Washington durcit une nouvelle fois son discours à l’égard de Caracas, accusé d’instabilité politique et de menaces régionales, les propos passés et parfois ravivés de Donald Trump sur le Groenland continuent de provoquer remous et réactions dans le monde nordique. Pour de nombreux observateurs, ces épisodes traduisent une vision stratégique globale où territoires, ressources et rapports de force occupent une place centrale.

Un message que le Premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, a de nouveau rappelé dans son discours du Nouvel An, soulignant la volonté d’autodétermination du territoire.
Des déclarations américaines qui persistent
Malgré cette position largement partagée, les propos de Donald Trump continuent de susciter incompréhension et exaspération au Groenland. Hier soir encore, à bord d’Air Force One, le président américain a réaffirmé son souhait de voir le Groenland rattaché aux États-Unis, invoquant des raisons de sécurité nationale.
À Nuuk, ces déclarations peinent à être comprises.
« Je ne comprends pas pourquoi il tient tant à notre territoire. Nous ne sommes pas à vendre. Et nous l’avons dit à maintes reprises », témoigne Maya Martensen, habitante de la capitale.
Sur Facebook, Jens-Frederik Nielsen a réagi fermement aux propos du président américain, appelant à mettre un terme définitif à ce qu’il qualifie de pressions et de menaces voilées.
« Plus de pression. Plus d’insinuations. Plus de fantasmes d’annexion », a-t-il écrit.
Un contexte géopolitique tendu
Ces nouvelles déclarations interviennent au lendemain de l’attaque américaine contre le Venezuela, renforçant le sentiment d’une stratégie américaine plus agressive sur la scène internationale. Pour les analystes, la répétition du discours de Donald Trump sur le Groenland traduit une volonté persistante de peser sur les territoires stratégiques.
« Plus Trump insiste sur le besoin des États-Unis concernant le Groenland, plus cela souligne une pression continue », analyse Jon Rahbek-Clemmensen, professeur associé à l’Académie danoise de défense, cité par les médias publics danois.
Dans l’Arctique comme ailleurs, le message groenlandais reste pourtant inchangé : l’avenir du Groenland se décide à Nuuk, et nulle part ailleurs.
Un territoire stratégique au cœur des enjeux mondiaux
Si l’intérêt américain n’est pas nouveau, il s’est intensifié avec le réchauffement climatique et l’ouverture progressive de nouvelles routes maritimes en Arctique. Le Groenland concentre également d’importantes ressources naturelles, notamment en minerais rares, attisant les appétits des grandes puissances.
Mais pour Nuuk, ces richesses ne justifient en rien une remise en cause de la souveraineté du territoire. Les autorités locales rappellent que tout partenariat économique ou militaire doit se faire dans le respect des choix politiques groenlandais, et non sous la pression de déclarations unilatérales venues de l’étranger.
Une réponse politique et symbolique
Au-delà de la diplomatie, ce refus est aussi un signal identitaire fort. Le Groenland affirme sa place sur l’échiquier international, non comme un objet de transaction géopolitique, mais comme un acteur à part entière, capable de décider de son avenir.
Face aux ambitions de Donald Trump, la réponse groenlandaise sonne comme un rappel : la souveraineté ne se négocie pas, même à l’ère des grandes rivalités arctiques.


