Le gouvernement de transition syrien a dévoilé une nouvelle série de billets de banque, marquant une rupture symbolique majeure avec plus de cinquante ans de pouvoir de la famille Assad. Au-delà d’un simple changement monétaire, cette réforme incarne une volonté affichée de refonder l’économie et l’identité nationale du pays.
Le gouvernement de transition syrien, dirigé par le président Ahmad Al-Sharat, a franchi une étape hautement symbolique. Ce lundi 29 décembre 2025, la Banque centrale de Syrie a présenté les nouveaux billets de la monnaie nationale, actant une rupture nette avec l’ère Assad, tant sur le plan politique qu’économique.
La fin du culte de la personnalité
Pendant des décennies, les Syriens ont utilisé des billets à l’effigie de Hafez puis de Bachar al-Assad. La nouvelle série rompt avec cette tradition.
Les portraits des anciens dirigeants disparaissent au profit de représentations du patrimoine syrien : monuments antiques, paysages emblématiques, produits agricoles traditionnels et symboles culturels. Le message est clair : replacer l’histoire collective et l’identité nationale au cœur de l’espace public.
Redénomination : simplifier le quotidien
Après des années d’hyperinflation ayant fait perdre à la livre syrienne l’essentiel de sa valeur, le gouvernement engage une redénomination de la monnaie.
Concrètement, deux zéros sont supprimés : un ancien billet de 10 000 livres est remplacé par une coupure de 100 unités. L’objectif est double : faciliter les transactions courantes et redonner une lisibilité et une crédibilité à la monnaie nationale.
Un outil contre l’économie de guerre
La réforme monétaire vise également à s’attaquer aux dérives de l’économie de guerre.
Le processus d’échange des anciens billets oblige les détenteurs de liquidités importantes à passer par le système bancaire. Les autorités entendent ainsi renforcer les contrôles sur l’origine des fonds, lutter contre la corruption et limiter l’influence des réseaux ayant profité du conflit. Les avoirs dont la provenance ne pourra être justifiée pourraient faire l’objet de saisies ou de mesures fiscales spécifiques.
Vers plus de transparence financière
Sous l’ancien régime, la Banque centrale était régulièrement accusée d’opacité dans la gestion des taux de change et de l’aide internationale.
Le nouveau système repose sur un taux de change unique et des billets intégrant des dispositifs de sécurité conformes aux standards internationaux, afin de limiter la contrefaçon et de restaurer la confiance des partenaires étrangers et des bailleurs de fonds.
Un symbole fort pour la société syrienne
Au-delà des considérations économiques, cette réforme revêt une portée symbolique profonde. Pour de nombreux Syriens, voir disparaître les visages de l’ancien pouvoir de leur monnaie quotidienne constitue un geste de rupture et, pour certains, une étape dans le processus de reconstruction morale et politique du pays.
Calendrier
Le remplacement officiel des billets débutera le 1er janvier 2026. Une période de circulation conjointe de 90 jours est prévue afin de permettre l’échange progressif des anciennes coupures, y compris dans les zones les plus reculées.


