La Confédération des États du Sahel (AES) regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger a franchi plusieurs jalons institutionnels importants lors de son deuxième sommet des chefs d’État, tenu les 22 et 23 décembre 2025 à Bamako. Ces décisions visent à renforcer l’intégration politique, économique et informationnelle de l’organisation dans un contexte régional marqué par des défis sécuritaires et une volonté d’autonomie accrue.
BCID‑AES : une banque confédérale inaugurée
L’un des principaux actes de ce sommet a été l’inauguration de la Banque Confédérale pour l’Investissement et le Développement (BCID‑AES). Cette institution financière, dont la création avait été préparée tout au long de l’année, constitue un outil stratégique pour financer des projets de développement dans les pays membres. Elle est conçue pour soutenir notamment les secteurs des infrastructures, de l’énergie et de l’agriculture, tout en réduisant la dépendance des États sahéliens à l’égard des bailleurs de fonds extérieurs. 
Selon les autorités de l’AES, la banque est un pilier de la souveraineté économique confédérale et un vecteur de solidarité régionale, même si des défis tels que la mobilisation des capitaux et l’harmonisation des politiques macroéconomiques restent à relever.
AES TV : vers une souveraineté médiatique
Autre événement marquant : le lancement officiel de AES TV, la chaîne de télévision confédérale, également inaugurée à Bamako en présence des trois chefs d’État le général Assimi Goïta (Mali), le capitaine Ibrahim Traoré (Burkina Faso) et le général Abdourahamane Tiani (Niger). Cette télévision est présentée comme un outil de communication souverain capable de promouvoir l’intégration régionale, de valoriser les actions communes et de contrer la désinformation dans l’espace sahélien.
La chaîne doit diffuser des informations sur les politiques publiques communes, les initiatives de l’AES ainsi que les réalités sociales et culturelles des populations des trois pays, renforçant ainsi le maillage médiatique régional.
Ambitions monétaires : projet, pas encore réalité
Sur le plan monétaire, l’AES nourrit des ambitions de souveraineté plus larges, mais aucune monnaie commune n’a encore été créée ni mise en circulation à ce stade. Une partie du discours politique autour de l’AES évoque une future monnaie sahélienne qui viendrait renforcer l’autonomie économique des États membres et réduire l’usage du franc CFA.
Ce projet s’inscrit dans une dynamique historique plus large : depuis la création de l’AES en 2024, les dirigeants ont exprimé une volonté de s’affranchir progressivement des structures héritées de l’époque post‑coloniale, notamment à travers des documents communs comme le passeport biométrique confédéral, déjà en circulation depuis 2025, et désormais des institutions partagées.
Un tournant institutionnel au Sahel

Ces avancées s’inscrivent dans un contexte de reconfiguration régionale, marqué par le retrait des trois pays de certaines organisations régionales comme la CEDEAO, et par une quête de souveraineté politique, économique et médiatique. La création d’outils institutionnels communs banque, télévision, documents de voyage traduit la volonté de consolider l’intégration confédérale malgré les défis sécuritaires persistants dans le Sahel.



