Le gouvernement suédois assume le tournant restrictif de sa politique migratoire, malgré les conséquences pour des personnes installées de longue date dans le pays. Suppression du « spårbyte » (changement de statut), relèvement du seuil de revenus pour les permis de travail et nouvelles expulsions : le ministre des Migrations, Johan Forssell (Modérés), affirme mener « la politique pour laquelle le peuple suédois a voté ».
Au printemps dernier, l’exécutif a supprimé la possibilité de changer de statut sur place pour les demandeurs d’asile déboutés disposant d’un emploi. Jusqu’alors, ce mécanisme appelé spårbyte permettait de demander un permis de travail sans quitter la Suède. Parallèlement, le gouvernement a relevé le seuil de revenus exigé pour obtenir ou conserver un permis de séjour lié au travail, un seuil qui sera de nouveau augmenté après le Nouvel An.
À partir de 2026, le salaire minimum requis devra atteindre 90 % du salaire médian, soit 33 390 couronnes par mois. Ces mesures ont conduit à l’expulsion de nombreuses personnes pourtant intégrées dans la société suédoise.
Des cas humains très médiatisés
Aftonbladet a rapporté plusieurs cas emblématiques, dont celui de Zahra Kazemipour et Afshad Joubeh, un couple travaillant comme aides-soignants à l’hôpital Södersjukhuset de Stockholm. Arrivés en Suède en 2016, parents de deux enfants, ils avaient vu leur demande d’asile rejetée mais avaient pu rester grâce au spårbyte et travailler dans le secteur de la santé, y compris pendant la pandémie de Covid-19.
Zahra Kazemipour suit par ailleurs une formation afin d’obtenir une reconnaissance officielle comme infirmière en Suède. Malgré cela, le couple fait aujourd’hui l’objet d’une décision d’expulsion.
« Il y avait des abus », défend le ministre
Pour Johan Forssell, ces conséquences sont le prix d’une réforme nécessaire.
« En 2022, nous avons hérité d’un système migratoire défaillant », explique-t-il. « L’immigration d’asile était trop élevée pour que l’intégration fonctionne. Il existait une société parallèle de centaines de milliers de personnes. Le spårbyte faisait partie de ce problème. Il était critiqué par de nombreuses autorités. Il y avait des abus, des fraudes, et des personnes vivaient dans une grande précarité. »
Concernant le relèvement du seuil de revenus, le ministre estime que l’ancien système favorisait l’exploitation.
« Des salaires très bas ont conduit à des emplois fictifs, du travail au noir et à une grande vulnérabilité pour les travailleurs concernés. Il est raisonnable d’exiger un véritable emploi et un niveau de revenu décent. »
Il rejette également l’argument des pénuries de main-d’œuvre :
« Nous avons aujourd’hui environ 500 000 personnes sans emploi en Suède. La priorité doit être de les faire entrer sur le marché du travail. »
Un sentiment d’injustice assumé
Interrogé sur le fait que des personnes intégrées, parfois indispensables à certains secteurs, soient désormais expulsées, Johan Forssell reconnaît la charge émotionnelle de ces décisions.
« Quand on durcit les règles, certaines personnes qui remplissaient auparavant les conditions ne les remplissent plus. Je comprends que cela puisse être perçu comme injuste. Mais l’alternative serait de renoncer aux réformes nécessaires pour un système migratoire contrôlé et fonctionnel. »
Le ministre souligne toutefois que les délais de traitement pour les permis de travail ont été fortement réduits :
« Aujourd’hui, une demande complète reçoit une décision en 19 jours, contre environ 100 auparavant. »
Vers une ligne encore plus dure sur les expulsions pénales
La question des expulsions de personnes condamnées pénalement a également refait surface après une décision de justice controversée, dans laquelle un ressortissant irakien condamné pour viol n’a pas été expulsé.
« Je suis profondément choqué lorsque des ressortissants étrangers qui commettent des crimes graves en Suède ne sont pas expulsés », a réagi Johan Forssell, annonçant qu’il présentera début 2026 une nouvelle législation renforçant les expulsions liées à des condamnations pénales.
Une politique assumée, un débat persistant
Le ministre affirme être satisfait de l’orientation générale de la politique migratoire :
« Nous avons tenu notre promesse de réduire l’immigration d’asile afin de mieux réussir l’intégration. »
Mais les critiques persistent, notamment de la part de syndicats, d’employeurs et d’organisations de défense des droits humains, qui alertent sur les conséquences humaines et économiques de ces mesures. Le débat sur l’équilibre entre contrôle migratoire, besoins du marché du travail et justice sociale reste plus que jamais central en Suède.
Faits – Les nouvelles règles migratoires en Suède
- Salaire minimum : porté progressivement de 13 000 couronnes à près de 26 000, puis à 33 390 couronnes/mois en 2026.
- Suppression du spårbyte : les demandeurs d’asile déboutés doivent désormais quitter la Suède et demander un permis de travail depuis l’étranger.
- Procédure actuelle : sortie du territoire, dépôt de la demande à l’étranger, attente de la décision hors de Suède.
- Aide au retour volontaire : le soutien financier passera à 350 000 couronnes par adulte, jusqu’à 600 000 couronnes par foyer à partir du 1ᵉʳ janvier 2026.


