Première femme à diriger le Japon, Sanae Takaichi a décidé de dissoudre le Parlement et de convoquer des élections anticipées le 8 février. Un pari politique majeur destiné à transformer sa popularité actuelle en mandat clair pour imposer un tournant budgétaire et militaire sans précédent.
Un pari risqué pour consolider le pouvoir
Arrivée au pouvoir en octobre 2025, Sanae Takaichi dirige une coalition fragile réunissant le Parti libéral-démocrate (PLD) et le Parti de l’innovation (Ishin no Kai).
Si l’exécutif bénéficie d’une cote de popularité élevée estimée entre 60 et 70 % selon les sondages de janvier 2026 sa majorité parlementaire reste étroite.
En dissolvant la Diète, la Première ministre espère obtenir un mandat explicite des électeurs afin de gouverner sans blocages et de marginaliser une opposition qu’elle juge obstructionniste.
Une doctrine de sécurité accélérée
La campagne électorale s’articule autour d’une rupture assumée avec la tradition pacifiste japonaise. Sanae Takaichi défend une réorientation stratégique rapide de la politique de défense :
- Hausse du budget militaire à 2 % du PIB dès 2026, contre un objectif initial fixé à 2027.
- Révision des documents fondamentaux de sécurité nationale, afin de doter le pays de capacités de contre-attaque offensives.
- Relance budgétaire proactive, combinant dépenses publiques et soutien à la consommation pour contenir l’inflation.
Cette ligne marque l’un des virages les plus significatifs de la politique japonaise depuis la Seconde Guerre mondiale.
Un geste social pour élargir l’assise électorale
Consciente des préoccupations liées au coût de la vie, la cheffe du gouvernement a annoncé une mesure symbolique forte : le gel pendant deux ans de la taxe sur la consommation appliquée aux produits alimentaires.
Ce choix représente un infléchissement notable par rapport à ses positions antérieures et vise à rassurer les ménages tout en neutralisant un angle d’attaque majeur de l’opposition.
Une opposition recomposée
Face à cette offensive politique, l’opposition s’est réorganisée. Le Parti démocrate constitutionnel et le Komeito, ancien allié du PLD, ont scellé une alliance de centre-gauche baptisée Centrist Reform Alliance (CRA).
Le nouveau bloc accuse Sanae Takaichi de sacrifier l’adoption du budget 2026 — jugé crucial pour la stabilité de l’État — au profit d’un calcul politique personnel.
Calendrier électoral
- 23 janvier 2026 : dissolution officielle du Parlement
- 27 janvier 2026 : ouverture de la campagne (12 jours)
- 8 février 2026 : scrutin et dépouillement
En cas de victoire nette, Sanae Takaichi pourrait devenir la dirigeante japonaise la plus puissante de l’ère contemporaine, disposant d’un mandat suffisant pour mener à bien la « normalisation » militaire du pays.
À l’inverse, un revers électoral ouvrirait une nouvelle phase d’instabilité politique dans un Japon déjà confronté à de lourds défis économiques et géopolitiques.


