La Corée du Sud, longtemps leader mondial des adoptions internationales, s’apprête à tourner une page majeure de son histoire sociale. Le gouvernement a confirmé qu’il mettra progressivement fin aux adoptions d’enfants vers l’étranger, avec une cessation complète du système prévue pour 2029.
Mettre l’intérêt de l’enfant au centre
La réforme, présentée officiellement par Séoul, s’inscrit dans une logique claire : placer l’intérêt supérieur de l’enfant au cœur des politiques d’aide sociale. Plutôt que de favoriser l’envoi d’enfants vers des familles à l’étranger, l’État coréen souhaite renforcer les services de prise en charge et d’adoption au sein du pays.
Un passé controversé

Cette décision historique ne tombe pas du ciel. Elle est le fruit de longues années de débats, de critiques et de remises en question :
- Pressions internationales : des instances telles que l’ONU avaient mis en lumière des zones d’ombre dans les procédures d’adoption.
- Irrégularités documentées : dans les décennies 1970-1990, période de boom des adoptions internationales, de nombreux enfants ont été placés à l’étranger sans consentement parental pleinement éclairé ou avec des documents falsifiés.
- Conséquences psychologiques : plusieurs adultes aujourd’hui nés en Corée mais adoptés à l’étranger témoignent de souffrances durables, de ruptures identitaires profondes et de mauvais traitements subis dans leurs familles d’accueil.
Un impact international considérable
La Corée du Sud détient l’un des bilans les plus importants au monde en matière d’adoptions à l’étranger, notamment vers les États-Unis, l’Europe, et en particulier des pays comme le Danemark et la France. Avec cette réforme, le pays met fin à un modèle qui a façonné des générations entières de familles à travers le monde.
Objectifs à l’horizon 2029
Le gouvernement s’engage également à :
- Renforcer le système national de protection de l’enfance, avec des structures dédiées mieux financées et plus accessibles.
- Encourager l’adoption locale, afin de permettre à davantage d’enfants de grandir dans un environnement culturel et linguistique familier.
- Améliorer le soutien aux familles vulnérables, pour diminuer les situations conduisant à l’abandon.
Pourquoi cette décision maintenant ?
Plusieurs facteurs expliquent ce changement de cap :
- Une pression internationale croissante
Les Nations unies et des ONG ont régulièrement critiqué la transparence et l’éthique du système d’adoption sud-coréen. - La reconnaissance d’erreurs passées
Des enquêtes ont mis en lumière des cas d’adoptions réalisées sans consentement parental éclairé ou avec des documents inexacts, notamment dans les années 1970 et 1980. - La parole des adoptés
De nombreux adultes adoptés à l’étranger ont témoigné ces dernières années de traumatismes psychologiques, de pertes identitaires et, dans certains cas, de maltraitances.
Une onde de choc pour les pays d’accueil
Les États-Unis, la France, le Danemark et d’autres pays européens figurent parmi les principales destinations des enfants sud-coréens adoptés. La fermeture progressive du système obligera ces pays à repenser leurs politiques d’adoption et à se tourner vers d’autres formes de protection de l’enfance.
En mettant fin aux adoptions internationales, la Corée du Sud ne se contente pas de fermer un chapitre : elle redéfinit sa responsabilité envers ses enfants. D’ici 2029, le défi sera de bâtir un système national suffisamment solide pour garantir à chaque enfant un avenir sûr, sans avoir à quitter son pays d’origine.


